Ressources humaines

Quand la digitalisation permet de mieux remplir son rôle sociétal

Un entretien avec Jérôme Bouron, DRH du groupe SOS.
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Quelle est votre vision du rôle actuel de DRH ?

 

 

J’en ai une vision résolument sociétale, autant que stratégique pour l’entreprise et les personnes qui la composent. La fonction RH et managériale doit aujourd’hui veiller à développer, maintenant et durablement, les capacités de celles et ceux qui contribuent à l’entreprise ; et également participer à ce que chacun-e, quel que soit son poste ou son niveau de formation initiale, dispose des clés pour mieux se situer dans son environnement professionnel et l’univers dans lequel elle-il évolue : c’est à cette fin que nous avons mis en place un programme d’innovation qui part des observations et propositions des salarié-e-s , un laboratoire sur l’évolution des compétences et des métiers, et une université d’entreprise ; et que le groupe SOS a digitalisé les processus RH de ses 480 établissements, dans le but de mieux développer l’employabilité et la performance de ses 15 000 salarié-e-s. L’acculturation et la formation au numérique sont un bon exemple : prérequis désormais pour la performance de l’essentiel des métiers, un programme de formation au socle de savoirs numériques est aussi une manière pour l’employeur, aux côtés de nombreuses autres institutions, de contribuer à une citoyenneté augmentée.

 


Ces initiatives sont, c’est d’évidence, en pleine correspondance avec nos activités cœur de métier : nous sommes en veille et en innovation sur toutes les évolutions sociétales, et nous nous efforçons de répondre aux enjeux environnementaux (en étant acteurs d’une alimentation saine et équilibrée), au mieux-vivre ensemble (par exemple grâce à la formation à l’interculturalité et à la prévention de la radicalisation), etc.
La RSE est donc déjà un sujet au cœur de nos métiers ; et notre stratégie RSE est forgée dans le même creuset que notre stratégie RH, notre stratégie économique, et nos stratégies cœur de métier. C’est ce qui nous permet, à travers le concept de fécondité sociale, d’inclure et de responsabiliser l’ensemble des acteurs, pour agir pour le bien commun. C’est ce qui nous permet de mener une politique active en matière de développement durable et d’achat, et de nous engager dans une ligne d’activité « Transition écologique », qui, par la prospective et l’action dès à présent, accompagne les organisations et les territoires dans leur vision d’avenir, et transporte (c’est le rôle de Fermes d’Avenir) le monde agricole et les consommateurs vers la permaculture, afin de respecter la santé et l’environnement. Et pour tout cela, il faut trouver les meilleur-e-s salarié-e-s, et leur donner l’opportunité de mettre leur talent au service de l’intérêt général.

 


Quelle est la principale mission du GROUPE SOS ?

 

 

Nous accompagnons, par an, les trajectoires d’1,6 millions de personnes en situation de fragilité, conjoncturelle ou plus structurelle. Pour vous donner un exemple : l’une de nos 50 activités est d’aider à la reconstruction des parcours professionnels : 800 personnes, qui ont eu pour la plupart d’entre elles des moments de vie chaotiques (décrochage scolaire, chômage de longue durée, accidents de la vie) sont en parcours d’insertion au sein du groupe : notre cœur de métier est alors d’insérer ces personnes dans la société, par l’emploi. Et pour cela, nous leur assurons des formations qui débouchent souvent sur des Certificats de Qualification Professionnelle (CQP), nous leur réapprenons le savoir-être utile dans le monde professionnel, nous amenons les personnes qui étaient durablement éloignées de l’emploi à travailler de nouveau (CDI, CDD d’au moins 6 mois, ..). Nous faisons la démonstration que, lorsqu’on lève les freins périphériques à l’emploi, on peut générer à nouveau de la performance. Beaucoup d’employeurs recrutent en effet sur des métiers de première qualification, dans plusieurs secteurs comme la logistique, le BTP ou encore la restauration ; et les personnes que nous accompagnons sont alors, par leur savoir-être augmenté, leurs compétences activées, et leur expérience professionnelle, un formidable vivier de compétences. Pour augmenter et diversifier encore l’impact social de ces programmes, nous avons aussi ouvert d’autres filières d’activité, pour former aux métiers du web, du commerce de détail, de la communication, de l’événementiel. En 35 ans, nous avons mené quantité d’actions comme celle-là, au bénéfice de différents publics.

 

 

Vous avez obtenu le prix du DRH du Numérique 2017, décerné par l’Association Nationale des Directeurs des Ressources Humaines. Quels sont les différents axes que vous avez développés pour digitaliser vos RH ?

 

 

Notre activité d’insertion par l’activité économique nous a amenés à développer une plateforme, lesbonsprofils.fr, pour permettre à grande échelle la rencontre entre la demande des entreprises, et les salarié-e-s qui exercent les métiers recherchés. Notre ambition est de démultiplier l’accès à l’emploi durable des salarié-e-s en fin de parcours d’insertion, et de renforcer les modalités de recrutement et de management des entreprises qui sont nos clients, sur les métiers de première qualification. La plateforme numérique permet de connecter l’ensemble des recruteurs avec les personnes en fin de parcours d’accompagnement : elle est donc ouverte à toutes les entreprises (extérieures au groupe SOS, bien entendu) qui recrutent ! L’employeur publie ses offres gratuitement ; les spécialistes de la plateforme identifient et proposent les bons profils ; et l’employeur nous rémunère au résultat, une fois le recrutement réussi. La particularité de cette plateforme est d’être un outil de matching et de recommandation professionnelle, au service de l’emploi, dans une démarche RSE ; et les conseiller-e-s en insertion professionnelle sont des alchimistes de l’insertion qui travaillent en étroite collaboration avec tout l’écosystème des personnes qui savent et veulent travailler.

 

Pour nous, une personne n’est jamais au bout de son histoire, et les personnes que nous accompagnons retrouvent un goût pour la contribution à l’œuvre collective et une vraie performance !
Toujours dans le champ de l’emploi, mais pour nos besoins RH internes cette fois, nous avons coconstruit avec la start-up Skilero (qui propose des solutions de recrutement digital basées sur les compétences des candidats), plusieurs Moocs de recrutement : sur les métiers d’aide-soignant, d’accompagnement des personnes âgées, et de la petite enfance par exemple, ces Moocs de recrutement, construits à partir des expertises de nos professionnel-le-s, permettent aux candidat-e-s de réactiver leurs connaissances et compétences (ce qui est, en soi, un service, même pour celles et ceux qui ne seraient pas retenu-e-s dans le processus), de faire état de leur réussite à la soixantaine de questions sur les différents volets de compétences. Interfacé avec notre SIRH Talentsoft, et avec l’adjonction de contenus de formation et d’accompagnement spécifiques, nous disposons là des processus et des outils RH pour atteindre nos objectifs : et notamment permettre à tous les talents, actuels et à venir, du groupe SOS d’émerger, d’inventer, et d’agir, au bénéfice de nos usagers et de nos clients.

 

 

 

Propos recueillis par Christel Lambolez

 

Ecrit par / Propos recueillis par Christel Lambolez le 30/11/2017
Mots-clefs : Jérôme Bouron DRH, Groupe SOS, Prix DRH du Numérique 2017
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