Ressources humaines

Pourquoi le télétravail ?

Emmanuelle Jardat est directrice Innovation et RSE chez Orange.
Emmanuelle Jardat est directrice Innovation et RSE chez Orange : "Le télétravail est un sujet tellement important que nous avons chez Orange une personne à plein temps sur ce sujet."

 

 

 

 

 

Pourquoi le télétravail est un sujet pour Orange ?

 

 

 

Le télétravail est un sujet tellement important que nous avons chez Orange une personne à plein temps sur ce sujet. Car même si tout le monde en parle, cela reste encore loin d’être la majorité des salariés qui sont en télétravail. Nous avons pourtant des accords très souples qui permettent de prendre quelques jours par mois, « flottants », c’est le forfait jour.

C’est aussi au cœur des solutions de réseau et connexion à distance que l’on vend à nos clients : le travail nomade ou télétravail. C’est donc doublement important pour nos salariés à qui on dit « eat your own dog food » ou de manière plus chic : « drink your own champagne »

 

 

 

S’agit-il d’un sujet RSE ?

 

 

 

On pense souvent au télétravail comme un élément essentiel de lutte contre la pollution, et c’est vrai, mais pas seulement : d’après nos études, en moyenne, un télétravailleur à domicile qui évite 32h de déplacement (par mois par exemple) évite environ 900 km en voiture et 190 kg de CO2, ce qui correspond à 950 € de carburant et maintenance pour la voiture et aussi 20% de productivité supplémentaire. Tous les aspects de la RSE sont donc touchés : l’environnement, la société avec des embouteillages en moins, le bien-être car rien n’est pire que d’arriver stressé et fatigué après 2h de bouchons, ….mais des questions telles que le respect des droits de l’homme, la loyauté des pratiques peuvent aussi être liées : avec le télétravail, arrivent, dans certaines entreprises, des pratiques de contrôle par caméra, ou messagerie instantanée, ou l’interdiction d’utiliser certaines applications à certains horaires, de ne plus envoyer de mails le soir après 18h ou le week-end… on peut s’interroger sur ces pratiques !

 

 

 

Quels sont les freins au télétravail que vous avez rencontrés ?

 

 

 

J’ai entendu dans certaines entreprises que les salariés en télétravail stressaient beaucoup plus que les autres car se mettaient la pression seuls, travaillaient beaucoup plus, sans prendre de pauses, …

Chez nous, la crainte de l’isolement est un frein majeur : le bien-être au travail est un sujet clé chez Orange et bizarrement, les managers ne savent pas trop comment faire leur job, être attentionnés, présents, veiller au bien-être … vis-à-vis de quelqu’un qu’ils n’ont pas sous les yeux.

Certains métiers, les vendeurs en boutiques ou même des métiers techniques où on résout des problèmes à plusieurs semblent moins adaptés. Pourtant, même pour la vente en boutique, permettre une visio avec un/une spécialiste qui serait à distance – et donc pouvant être en télétravail - est une solution à la fois moderne pour la satisfaction de nos clients en répondant rapidement et efficacement.

Marissa Meyer avait interdit le télétravail en arrivant chez Yahoo, pour des « raisons de créativité », mais maintenant, on voit des chercheurs qui travaillent ensemble, cherchent, et trouvent, en étant à des milliers de kilomètres de distance et ne s’étant jamais rencontrés : donc ça peut marcher ! Les outils d’aujourd’hui ne permettent plus d’avoir un management des années 50 qui étaient liés à un poste de travail : machine, papier, bureau, téléphone, …fixes !

Le principal frein est celui de la confiance et du management : « quand tu es en télétravail, il y a toujours la suspicion, tu bosses pas ! ». Rares sont encore les managers qui font réellement confiance à leurs salariés et managent par objectifs. On est trop souvent encore dans un management du présentiel, il faut être là pour montrer à son chef qu’on bosse, pour répondre à ses questions, ses sollicitations : c’est le phénomène du « job de couloir » -celui qui passe dans le couloir sera vu du manager et récupérera le job/la mission intéressante : donc évidemment si on est en télétravail, on ne peut pas avoir le job…loin du cœur, loin des yeux-.

Et aussi montrer à la société qu’on bosse : le travail aujourd’hui a une justification sociale : certains, managers ou collaborateurs, viennent aussi au bureau pour paraître, se montrer, se donner bonne conscience, se donner un but dans la journée, être correctement habillé, prendre soin de soi, faire bonne figure, montrer à la société qu’on est important, qu’on a un travail.

 

 

 

Que préconisez-vous ?

 

 

 

Pour moi, le télétravail est un moyen et un but à la fois. Il faut augmenter le nombre de personnes en télétravail. Par exemple en proposant un jour de télétravail par semaine obligatoire pour tous, y compris pour les managers, en restant chez eux. Car cela permettra 3 choses, en plus de tout ce que nous avons vu précédemment (pollution, coûts, embouteillages en moins, productivité en plus, …) :

Tout d’abord : les managers vont devoir « lâcher la grappe à leurs équipes », ne plus regarder ce que font les collaborateurs, je dirais même : ne plus « voir » ce que font les collaborateurs, et donc s’obliger à un management par objectif. Pendant leur journée de télétravail - pendant laquelle les collaborateurs seront peut-être eux au bureau ;-)) - je suis sûre que les managers vont se reposer cette question des objectifs, du résultat, et de la précision de ce qu’ils ont demandé – et qu’ils ne vont pas passer leur temps à contrôler la présence par messagerie instantanée ou visiocall : car ce sont eux qui devront « montrer leur intérieur » …donc ils lâcheront la grappe…et prise.

Ensuite : quand on est chez soi, on économise tout de même le temps de trajet, et donc on a plus de temps…et chez soi...il y a toujours quelque chose à faire ! Quel homme ou femme pourrait rester chez lui sans voir la vaisselle, le coup d’aspirateur, le linge à ranger…serait vraiment irresponsable de laisser cela à son conjoint. Le télétravail vous permet d’économiser 1 heure de transport : à vos balais !... Et, la plupart du temps, plus on monte en hiérarchie, plus le chef est masculin. Et donc cette journée de télétravail permettra pour moi de remettre quelques heures de justice dans le partage des tâches --que je préfère appeler  « plaisirs » du foyer – encore trop largement faits par les femmes.

Enfin : être chez soi permet de « vivre autrement » : justement de ne plus se montrer : on peut bosser en pyjama! Ne plus « apparaître » au travail pour ne plus « paraître » au travail. Les temps actuels, la crise, les GPEC (gestion prévisionnelle des compétences), montrent que de plus en plus de managers perdent leurs postes et positions hiérarchiques – avec tous ce qui va avec : perte de repères, de confiance en soi, voire dépression -. Retrouver une raison de vivre, une fierté, ailleurs que par et dans son job est une priorité de notre société. Et souvent les chefs sont des hommes, à qui l’on a dit et répété qu’ils devaient faire une bonne carrière. Les femmes ont généralement moins cette pression « tu réussiras au travail » et plus de ressources : enfants, familles, copines, maison, ….ces « plaisirs » du foyer leur permettent aussi de rebondir, et d’avoir un bonheur ailleurs que dans leur job. Les réseaux « happy men » en entreprise permettent des échanges sur ces sujets. Aux hommes aussi de se rééquilibrer en abandonnant un peu de leur puissance au bureau, et en trouvant des « sources de ressources » autrement.

 

Allez, vite, tous au téléboulot !

 

 

Ecrit par Christel Christel le 13/08/2014
Mots-clefs : télétravail, rse et innovation, travail à distance, Orange
Métiers associés : DRH
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