Ressources humaines

« Du dialogue social aux conversations numériques »

La 13ème rencontre de l’Observatoire des Réseaux Sociaux d’Entreprise.
photo : Vasabii - De nouvelles formes de représentativité se mettent en place.

 

 

 

 

Le syndicalisme va-t-il savoir se réinventer au rythme de l’accélération des échanges sur le Web et de la participation plus hétérogène et démocratique ? Pas encore prêtes, les organisations syndicales ont cependant pleinement conscience qu’elles doivent se moderniser et ouvrir le dialogue grâce notamment à des plateformes collaboratives.

 

 

Le Web a favorisé les échanges dans les entreprises mais jusqu’où le dialogue social s’en trouve-t-il impacté ? La conférence organisée le 10 juillet dernier par l’Observatoire des Réseaux Sociaux d’Entreprise a permis de faire le point. « Il peut y avoir des espaces dans lesquels des décisions sont prises dans le cadre d’un engagement volontaire, témoigne Christophe Aguiton d’Orange Labs, chercheur en sociologie du web, Le consensus prend de plus en plus d’ampleur dans les processus démocratiques. Le consensus hétérogène questionne sur l’enchevêtrement des différentes formes de décisions. » Pour Carole Couvert, présidente confédérale de la CFE/CGC, « la digitalisation constitue un moyen de repenser les modèles. » Elle poursuit : « Cela pose la question de l’humilité du dirigeant qui doit accepter le lâcher et la remise en cause de la hiérarchie naturelle. Le syndicalisme de terrain doit rester à l’écoute et en capacité d’innover. Nous avons mis en place une plateforme collaborative pour nos 160 000 adhérents. »

 

 

Un accès direct à la direction générale ?

 

 

Avec Internet, l’information circule rapidement et des talents peuvent très vite se révéler et des communautés de pensées ou de travail se structurer. Brigitte Dumont, vice-présidente déléguée de l’ANDRH pense que la digitalisation constitue un levier pour découvrir de nouveaux talents et soutenir le développement des compétences. « Aujourd’hui on parle de maturité digitale dans l’entreprise, avance-t-elle, Toutes les directions générales ne sont pas encore mures. Or, le digital a un fort impact sur le management, et, les organisations syndicales ont le sentiment d’être privées de leur relation privilégiée avec la direction. » Franck Lapinta, HR Chief Digital Officer de la Société Générale, conseille : « Il faut mettre en place les règles du jeu afin d’éviter les débordements. Il peut arriver aujourd’hui que les collaborateurs interpellent directement la direction sur certains sujets. Des nouvelles formes de représentativité se mettent en place. »

 

 

Relations sociales 2.0

 

 

Franck Lapinta et Myriam Karoui, enseignant chercheur, ont ensuite présenté une étude sur les partenaires sociaux et les réseaux sociaux d’entreprise, réalisée auprès d’une cinquantaine de structures. Il en ressort que trois visions émergent à l’heure à actuelle. La vision positive met en lumière les atouts du digital, à savoir l’instantanéité et la fluidité afin de permettre la construction du dialogue social. Existe également une vision plus avertie qui met en garde sur la modification des règles du jeu. Enfin, la vision contestante qui limite les échanges à la sphère virtuelle. De ces visions découlent trois attitudes au sein des organisations : celles qui sont en action, dans une bonne dynamique, les structures qui sont en attente vis-à-vis des demandes des partenaires sociaux, et, en troisième lieu, les entreprises complètement dans le déni, issues principalement du monde de l’Industrie.

L’étude constate que les partenaires sociaux n’ont pas encore d’attentes spécifiques et ne sont pas véritablement murs. Ils ont du mal à analyser la portée des échanges et leurs conséquences sur le dialogue social. Pour eux, Internet reste un simple outil et ils ne mesurent pas son influence sur les méthodes de travail !

L’avènement des médias sociaux peut en effet contribuer à l’amélioration des échanges … ou pas. Le climat social peut être plus rapidement apaisé si les syndicats sont dotés de moyens. Les liens de confiance avec les directions générales peuvent également être renforcés. Le dialogue social peut ainsi se co-construire grâce à une meilleure information diffusée et par conséquent une meilleure maîtrise des sujets. Par contre, deux points de vigilance sont à souligner. Tout d’abord, il faut bien définir le périmètre du dialogue social. En effet, transposé dans un espace virtuel, il pourrait être entaché par l’intrusion intempestive d’une personne non objective qui viendrait perturber le climat de sérénité. Par ailleurs, la surenchère d’arguments sur le Web peut desservir l’aboutissement d’un compromis et induire des situations conflictuelles. Sur Internet, les individus sont tentés de répondre rapidement de de façon parfois impulsive. Or, une prise de recul est toujours nécessaire pour apaiser le conflit et avoir des discours constructifs. Les équipes dédiées aux relations sociales dans l’entreprise doivent être plus réactives et bien connaître les sujets, car, avec le Net, elles ne peuvent plus se contenter de réponses approximatives ou prétexter qu’elles n’ont pas été bien informées.

 

 

Une présence limitée des syndicats sur les réseaux sociaux

 

Contrairement à leurs homologues britanniques très actifs sur Internet, les syndicats français restent encore timides. La CFDT se distingue avec une page Facebook qui compte 7 000 fans. La CFTC et Fo possèdent un compte Twitter avec environ 2500 followers. On est loin des 15 000 suiveurs d’un syndicat anglais ! Quant à la CGT, elle n’a même pas de compte Twitter officiel. On peut dire que les réseaux sociaux sont très peu exploités. Pour Damien Ramage, conseiller communication de l’Ugict-CGT, « le syndicalisme est déjà 2.0 à cause des échanges sur les réseaux sociaux. » Ainsi, son rôle est d’outiller et de fédérer. Il précise : « Nous avons créé une plateforme de blogs afin de réunir les différentes initiatives et d’accompagner le changement. Elle nous permet également de médiatiser nos contenus et les comptes rendus de Congrès. Nous travaillons sur une identité de marque virtuelle. Nous constatons également que les solidarités s’affranchissent des cadres catégoriels et que les réseaux sociaux ont un impact utile. » De façon générale, les sites Internet dédiés se limitent le plus souvent à la diffusion d’information RH et ne sont pas utilisés comme véritables outils de travail pour servir les intérêts des salariés. D’où un certain malaise parfois. Les organisations syndicales se dotent peu à peu de responsables en communication digitale, notamment afin de faire connaître leurs motivations sur les réseaux sociaux professionnels à l’instar de la CFDT Cadres sur LinkedIn. Elles avancent à petits pas afin de préserver les obligations de confidentialité et de ne pas tout divulguer, mettre les problèmes internes à une entreprise à la vue de tous, sous couvert de créer une nouvelle dynamique.

 

Les relations sur Internet sont en pleine construction et personne ne connaît la tournure que vont prendre, dans un futur proche, les échanges et prises de décisions dans l’entreprise, de plus en plus influencée par les usages qui se développent à l’extérieur de ses murs. Comment va s’organiser l’entreprise ouverte ? Comme le dit la présidente confédérale de la CFE/CGC : « Je rêve d’un renifleur de tendances pour imaginer l’Internet de demain. »

 

 

Christel Lambolez

Ecrit par Christel Christel le 28/07/2014
Mots-clefs : dialogue social et numérique, climat social, syndicats et réseaux sociaux, syndicalisme et digital, relations sociales 2.0, syndicalisme 2.0
Métiers associés : Dir/ Resp des relations sociales
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