Ressources humaines

«Vous ne suivrez plus la formation, vous la vivrez»

Entretien avec Nicolas Lozancic, responsable Marketing de Speedernet.

 

 

 

Comment voyez-vous l’avenir de la formation?

 

 

 

On va voir de plus en plus de nouveaux usages se développer comme le recours à la réalité virtuelle et augmentée. C'est déjà ce que nous commercialisons avec Sphère, un logiciel qui permet à nos clients de fabriquer seuls et sans coder leurs univers de réalité virtuelle. Cela vous propulse dans un environnement où l'écran est infini. Vous ne suivrez plus de formation, vous la vivrez. Vous aller ressentir des choses par vos sens, des émotions. Des clients l'utilisent dans le domaine aérien, la téléphonie, la santé. Des pompiers s'y intéressent pour travailler dans des conditions difficiles, par exemple pour se déployer dans un immeuble en feu.
Il y aura de nouvelles formes de contenus qui accueilleront l'intelligence artificielle pour créer une formation sur mesure et qui donne plus d'autonomie à l'apprenant. Les programmes de formation seront en mesure d'évoluer à partir de l'usage des utilisateurs, de croître tout seul. Il y a des entreprises qui travaillent dans cette direction : Google, mais aussi des start-up, dans la santé notamment. L'entreprise Domoscio par exemple travaille sur l'exploitation des datas dans la formation. Quand j'apprends, je génère des données. Le dispositif de formation va obtenir un profil de l'individu que je suis et pourra me donner un certain contenu en fonction de la vitesse de mon apprentissage. On va aller vers une individualisation de la formation excessivement poussée.

 

 

 

Votre entreprise existe depuis 1999 et vous privilégiez depuis une approche innovante. En janvier, vous avez sorti sur le marché une nouvelle application mobile d'e-learning appelée Kino. En quoi consiste-t-elle ?

 

 

 

Elle permet aux utilisateurs de créer eux-mêmes du contenu sur la base de leurs expériences. Quand les Smartphones sont arrivés chez nos clients et que les salariés ont commencé à utiliser leur propre matériel, nous nous sommes dit qu'il fallait mettre à profit cet usage. Cette appli permet de prendre des photos, de réaliser des vidéos, de saisir du texte. Sur la base de son savoir-faire, chacun pourra créer une séquence de contenu qu'il pourra partager avec autant de collègues qu'il veut. Il s'agit en quelque sorte de reprendre le principe des tutoriels disponibles sur Youtube. Chacun peut constituer ses petits tuto pour expliquer comment il a solutionné un problème. Ce projet va connaître une expansion visant à proposer un espace qui soit collaboratif, social et qui mette en avant les connaissances de chacun.

 

 

 

Qu'est-ce que cette application apporte de nouveau sur le marché ?

 

 

 

Elle donne une place plus grande à celui qu'on appelle l'apprenant, ce genre de démarche est très neuf dans le paysage du digital learning. Avant, il était très isolé dans les processus de formation à distance. Aujourd’hui, nous voulons faire en sorte d'offrir des dispositifs qui ne soient pas centrés uniquement sur ce qui vient alimenter le contenu : l'institutionnel, le réglementaire. Nous voulons procéder par échelon interposé. Cela repose sur le modèle du 70. 20. 10. 10 % de ce que j'ai appris vient de l'école, de l'université et des formations que j'ai suivies en entreprise. 20 % de ce que je sais résulte des interactions que j'ai avec mes pairs, lorsque je discute d'un problème au bureau par exemple. En revanche, 70 % de mon savoir provient de la pratique terrain et de ce que je fais moi-même tous les jours. C'est là que s'insinue notre application. Ce que je fais, je peux le valoriser en le mettant au service de la multitude, des mes collèges.

 

 

 

Quelle sorte de freins rencontrez-vous pour le lancement de cette offre ?

 

 


Nous sommes au début d'un cycle, et en début de cycle en général, on essaie de plaquer le neuf sur l'existant, il peut donc y avoir des freins mentaux. Cette initiative permet de donner le pouvoir aux salariés, certains managers auront du mal à s'y faire. Il faut accepter une forme de lâcher-prise. Ce ne sont plus les services centralisés qui dictent ce qu'il y a à savoir. Cela entraîne un lissage des hiérarchies et la volonté d'avoir un management plus « horizontalisé », qui laisse chacun s'exprimer. Tout le monde n'est pas prêt, mais si cela peut dévier, le résultat peut aboutir. Il a aussi la question de la validation du contenu, par exemple. Il faudra accepter qu'il puisse y avoir une bêtise. Mais au moins, elle sera révélée par un système de commentaires et d'échanges entre utilisateurs. En tout cas la réception est bonne, que ce soit côté entreprises ou côté écoles et universités, le besoin existait.

 

 

 

L'application va demander du travail en plus aux salariés. Comment les inciter à participer ?

 

 

 

Il faudra en effet compter sur les passionnés et les plus inventifs pour travailler comme éclaireurs et donner vie à cette initiative. Mais ils devront ensuite recruter sur un second cercle. Le dispositif doit faire en sorte qu'on ait envie d'y participer et mettre en valeur l'individu. Le management pourra aussi y contribuer via des objectifs par exemple, ou par des dispositifs de gratification.

 

 

 


Propos recueillis par Chloé Goudenhooft

 

 


Spécialiste de l'e-learning depuis 1999, Speedernet a lancé Kino en janvier, une application mobile qui permet à chaque collaborateur de produire des tutoriels pour partager ses connaissances avec ses collègues. L'entreprise inscrit son pari sur un décloisonnement des savoirs et sur l’hyper-individualisation de la formation.

 

Ecrit par / Propos recueillis par Chloé Goudenhooft le 13/07/2017
Mots-clefs : Nicolas Lozancic Speedernet, réalité virtuelle et formation, e-learning
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