Ressources humaines

Safran promeut le campus 4.0 pour former les compétences de demain

Un entretien avec Jean-Luc Bérard, DRH du groupe Safran.
Safran compte embaucher près de 14 000 techniciens et opérateurs d’ici dix ans.

 


Quel est l’impact des nouvelles technologies sur votre métier et votre secteur d’activité ?

 

 

La nature et les manières de travailler ont été progressivement revisitées depuis les années 90. Le nombre d’échelons hiérarchiques a été fortement diminué et les opérateurs sont aujourd’hui davantage impliqués et responsabilisés dans leur travail. Nous fonctionnons actuellement en mode projet avec une responsabilité partagée entre les équipes. Notre métier est aujourd’hui moins manuel et se recentre sur la conception des nouveaux produits, grâce aux analyses et échanges entre individus. La conception assistée par ordinateur (CAO) a modifié l’approche de notre pôle R&D puisque les produits sont désormais conçus en amont grâce au numérique. Cela a permis de réduire fortement le nombre de tests et d’expérimentations physiques. Nous allons bientôt arriver à une phase d’automatisation très poussée de la production. Nos usines vont ressembler à des îlots de machines automatisées, connectées les unes aux autres et synchronisées entre elles afin que les cycles de production ne soient pas interrompus. Le rôle des opérateurs va être désormais de les programmer, les surveiller, les contrôler et de pallier les aléas de fonctionnement. Ce rôle va être plus distancié par rapport à l’acte de production lui-même. La nature de notre travail va complètement changer. Le personnel doit être préparé à l’utilisation de ces machines.

 

 

C’est automatisation pourrait être synonyme de remplacement de l’homme par la machine. Or, le groupe Safran compte embaucher près de 14 000 techniciens et opérateurs d’ici dix ans. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi êtes-vous confrontés à une pénurie de compétences ?

 

 

Nous vivons une conjonction de phénomènes. Tout d’abord, nous allons très vite être confrontés au vieillissement de notre pyramide des âges et au non renouvellement des compétences. Notre activité est par ailleurs en pleine croissance avec le développement de l’aéronautique et du trafic aérien. Enfin, le changement radical du mode de production nécessite de nouvelles compétences. Les établissements de formation ne sont pas équipés et ne possèdent pas les moyens financiers suffisants pour former les nouveaux profils capables de piloter une ou plusieurs machines. C’est pourquoi nous avons lancé à Bondoufle le 10 novembre dernier un centre de formation 4.0 baptisé «la plateforme de formation à la mécanique industrielle de demain». L’investissement est d’environ 8 millions d’euros. Son ouverture est prévue en 2018 sur le site de la faculté des Métiers de l’Essonne (FDME). Ce projet est soutenu par Safran, Fives et de nombreuses PME d’Ile-de-France. Cette plateforme va être conçue comme un simulateur de «l’usine du futur» et doit former près de 300 alternants sur trois ans ainsi que 300 personnes en formation continue par an aux nouvelles méthodes de production, qui incluent la réalité augmentée, les objets connectés ou encore les robots collaboratifs.

 


La fonction RH vit-elle à l’heure actuelle une rupture?

 

 

Je ne parlerais pas de rupture. Les environnements de travail ne sont plus les mêmes mais la fonction a toujours dû accompagner les changements pour accroître la productivité. Nous avons toujours dû chez Safran ajuster et réguler les ressources en fonction des besoins et anticiper les compétences nécessaires futures.
Ce n’est pas parce que la technologie évolue que le métier de DRH change fondamentalement. L’évolution de la fonction est davantage liée aux changements de notre société. Le monde est aujourd’hui beaucoup plus ouvert et les informations circulent librement et rapidement. Les salariés ont accès à beaucoup de données et leur perception de l’entreprise a changé. Notre rôle est également de bien informer sur nos métiers et veiller à ce que les écoles dispensent les bonnes formations afin d’intégrer les élèves plus facilement et de les adapter au bon environnement de travail.

 

 

 

Propos recueillis par Christel Lambolez

 

 

Ecrit par /Propos recueillis par Christel Lambolez le 24/11/2016
Mots-clefs : Safran, Jean-Luc Bérard DRH du groupe Safran, la faculté des Métiers de l’Essonne (FDME)
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