Ressources humaines

Tous Charlie, les Drh et l'entreprise

Quelles leçons pour la pratique ? Par Philippe Canonne, DRH.
Philippe Canonne : Il ne faut pas faire l'économie de chercher le message que « Tous Charlie » renvoie à l'entreprise.

 

 

 

Les Drh sont concernés par les attentats de janvier comme l'ensemble de la population. Chacun d'entre eux est un Citoyen qui a pu se sentir personnellement et profondément «Tous Charlie ». L'Andrh qui représente plus de 5 000 Drh a relayé immédiatement le mot d'ordre «Tous Charlie » sur son site internet. Nul doute que nombre de Drh ont participé aux rassemblements massifs en hommage aux victimes. Relevons aussi que les notions de liberté, de laïcité et d'égalité ou non discrimination leur sont familières.

 

 

Au delà y a t'il une signification particulière à rechercher pour l'exercice de leur métier ? Des enseignements à en tirer ? Autrement dit une fois l'émotion retombée et chacun revenu dans son entreprise est ce qu'on continue comme avant ? Le Drh, mais aussi le manager, qui a communié dans l'indignation et le recueillement avec des collègues, des employés de son entreprise, des parties prenantes va-t-il reprendre demain le train-train des relations habituelles ? Peut on imaginer qu'un Drh et un collaborateur qui ont marché main dans la main dans la foule, unis autour du slogan « Tous Charlie » vont le lendemain se parler comme si de rien n'était ? Comme si rien ne s'était passé ? « Tous Charlie » n'aura-t-il été qu'un slogan éphémère qui s'arrêtera aux portes de l'entreprise ? Ou pourra-t-il être le catalyseur d'autre chose ?

 

 

Il serait naïf de s'imaginer qu'une fois dans l'entreprise l'exceptionnelle mobilisation en faveur de la Liberté d'expression va modifier les comportements. Ils dépendent de trop de facteurs étrangers à la morale ou à la levée citoyenne. Et qui sont eux même fortement chahutés dans la période actuelle de révolution numérique. Chacun reprendra son point de vue spécifique, son individualité, le cours de ses entreprises. Il y a même fort à parier que certains se revendiqueront plus que d'autres de la légitimité de l'action et espéreront récupérer la mobilisation à l'aune des routines de pensée auxquelles ils sont habitués. Passé l'étonnement que les Drh aient pu être « Tous Charlie » il s'en trouvera pour le leur contester. Bien que nous soyons dans un monde en pleine transformation le besoin de sécurité est trop fort et on voudra vite retrouver chacun à la place qu'un management routinier lui a assigné.

 

 

Pourtant ce serait dommage de ne pas voir la formidable opportunité qui se présente. Bien sûr la sociologie en mouvement dans nos entreprises et les mutations profondes de leur organisation en devenir sont des faits objectifs et la donne ne change pas malgré les horreurs que nous avons vécues. Mais ce qui s'est passé est aussi une interpellation sans précédent dont les conséquences n'épargnent pas le champ de la fonction Rh.

 

 

La religion est au cœur des tragédies de janvier. Le fanatisme et l'intolérance absolue des islamistes fanatisés ont débouché pareillement sur le massacre des impies et le retour de l'antisémitisme. Leur refus de l'autre, de toute altérité, n'était pas idéologique mais religieux. Le religieux était la cause des massacres à l'épicerie kasher et à Charlie Hebdo. Il en était le moteur et aussi le spectacle, conséquence autant que cause. Or comment ignorer que depuis longtemps les Drh sont confrontés à l'émergence du religieux dans l'entreprise ? Personnel voilé, revendication de temps pour la prière, refus de la mixité, parfois intolérance contre les femmes au travail ne datent pas d'aujourd'hui. De nombreux débats ont été ouverts, toute la profession a été concernée par Babyloup. Ou sur les Fêtes non catholiques. Sans faire d'amalgame il n'est néanmoins pas interdit aujourd'hui de revisiter les réponses qui ont été apportées. De se demander si elles ont été à la hauteur de l'exigence de laïcité maintenant mise en avant. De s'interroger sur le poids des communautarismes dans l'entreprise. Ou sur le respect de chacun et de tous dont la Drh doit être le garant.

 

 

Au delà le management lui même doit être interpellé. Il ne faut pas faire l'économie de chercher le message que « Tous Charlie » renvoie à l'entreprise. Il est dans le sens profond de la relation qu'elle a avec ses collaborateurs. Pas dans la façon dont ensemble ils s'organisent et font vivre leurs métiers. Mais dans le regard qu'ils portent l'un sur l'autre. Défendre la Liberté d'expression c'est défendre la possibilité pour chacun de s'exprimer. Pas seulement les professionnels que sont les journalistes mais tout individu à son échelle. Et aussi la possibilité pour chacun d'être différent, d'être d'une autre confession ou simplement être lui même dans son unicité. Etre « Tous Charlie » c'est un appel profond à être reconnu chacun en tant qu'individu et respecté. Les Drh doivent entendre ce message. Il signifie que demain le management doit cesser de se préoccuper des performeurs ou des talents. Il doit s'intéresser à chaque individu dans ses difficultés et ses réussites. « Tous Charlie » ce sera plus de proximité, plus d'Humain. Un nouveau Pacte social à trouver dans l'entreprise plus respectueux, plus bienveillant et plus équitable. Remettre l'Humain au centre est désormais la responsabilité des Drh.

 

 

Il y a une leçon à tirer de ces événements. Elle n'est pas nouvelle mais elle nous revient avec force. L'entreprise n'est pas un monde clos. Le souffle de l'histoire ne s'arrête pas à ses portes. D'autant moins maintenant que les frontières de l'entreprise s'estompent et que ses murs s'effacent. Etre Drh vraiment c'est regarder en face les mutations de notre société et leurs impacts dans nos organisations. La lame de fond de « Tous Charlie » ignore l'entreprise et son terrain. A nous Drh d'en tirer les enseignements et d'en faire vivre les leçons.

Ecrit par Philippe Canonne, DRH le 19/01/2015
Mots-clefs : DRH, site RH, solidarité entreprise, management, communautarismes entreprises, laïcité entreprise
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