Ressources humaines

Responsable paie, un métier en pleine révolution

Un professionnel qui devra rendre compte de la performance de son équipe.
Crédit photo Getty Images

Le degré de spécialisation du responsable paie ne va faire que s'accentuer dans les prochaines années. Ses missions devraient de plus en plus revenir à trouver des solutions performantes en collaboration étroite avec le service des ressources humaines.

 

 

La digitalisation et les changements législatifs, à l'instar de la déclaration sociale nominative (DSN), sont en train de révolutionner le métier de responsable paie. A quoi ressemblera cette fonction d'ici 5 ans? Selon Élodie Tabel-Diffaza, responsable gestion sociale chez In Extenso, ce professionnel ne sera plus seulement le garant de la fiabilité de la production de la paie, il sera un vrai chef d'équipe qui doit rendre compte de la performance de son service et de la mise en place de processus pour réduire les coûts de production. Son champ d'intervention s'élargira à différents sujets qui gravitent autour de la paie. «Le responsable devra donc travailler en mode projet avec le service RH pour trouver des solutions performantes», précise-t-elle.

En conséquence, les professionnels de la paie devront faire preuve d'une plus grande adaptabilité dans les années à venir que par le passé. «Ils devront avoir la capacité à revoir leurs méthodologies si les normes évoluent, c'est une condition sine qua non pour pratiquer le métier», insiste Élodie Tabel-Diffaza. Selon la spécialiste, le métier devrait aussi inclure plus qu'avant une dimension concernant le droit social, notamment avec la Loi Travail, votée à l'été 2016, qui devrait bouleverser la hiérarchie des normes. « Avant, tout était fixé par le droit du travail, poursuit-elle. Désormais, l'entreprise pourra définir ses règles par accords collectifs. Cela va intégrer une dimension nouvelle dans ce qui fait la réglementation de la paie. Cela ne va pas simplifier la vie du responsable !» Le professionnel devra aussi réaliser une veille plus forte sur les questions du droit social, et ce en synergie avec le reste des ressources humaines.

 

 

Intégrer les questions de fiscalité d'entreprise

 

 

Autre point d'évolution, la dimension informatique. «La digitalisation du métier et la norme DSN imposent d'informatiser complètement la déclaration de la paie», confirme Élodie Tabel-Diffaza. Pour la spécialiste, ce mouvement s'étant aux autres problématiques législatives liées aux récentes évolutions du cadre de la loi. La question du prélèvement à la source impliquera aussi de nouveaux processus informatiques impliquant le calcul de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE), le calcul de taxe sur les salariés, la déclaration annuelle de données sociales (DADS), qui sont autant de valeurs calculées sur les impôts. «Le service paie va devoir déclarer ces informations au fil de l'eau en ajoutant des données qui étaient traitées par le service comptabilité», poursuit l'experte. Elle considère également que l'évolution de l'intelligence artificielle devrait aussi transformer le métier. «Le cœur de la fonction sera de pouvoir identifier les solutions qui permettent de remplacer l'homme par la machine sur des tâches sans grandes valeurs ajoutées, telles que le contrôle manuel..

 

 

Fusionner les outils digitaux, le défi de demain

 

 

Selon la responsable In Extenso, il est encore possible que les questions de SIRH (système d'information des ressources humaines), que l'on trouve plutôt dans les grandes entreprises et qui traitent de l'évaluation, du besoin de formation et de leur suivi, fusionnent avec les prérogatives du responsable paie. « Ces questions sont traitées par de outils qui demandent de se connecter avec le service paie. L'organisation sera revue dans les entreprises pour que l'on ne se retrouve pas avec une dizaine d'outils. Il faudra trouver un mode de fonctionnement performant. Cela induit une capacité de management de projet informatique et de conduite du changement sur les équipes. Cette digitalisation est le défi de demain.» Le corollaire de cette évolution, c'est que, pour continuer à travailler avec efficacité, le responsable paie devra se poser la question de quoi son métier sera fait demain, et de quels outils il aura besoin. «Élaborer des process et des méthodologies, déterminer des cotisations, analyser comment la rémunération va évoluer seront les missions du responsable paie.»

Enfin, ce métier est-il susceptible d'évoluer vers les compétences de compensation and benefits ? Au contraire, en se spécialisant, cette fonction risque au contraire d'externaliser tout ce qui concerne la paie, ce qui aurait plutôt tendance à creuser les écarts entre ces deux métiers très différents. «Cette fonction suppose d'avoir une dimension très pointue au niveau RH, de maîtriser toutes les politiques de rémunérations et de connaître parfaitement le droit social et ce pas seulement sur les avantages fiscaux et sociaux, mais sur des systèmes de rémunération pour répondre à tels ou tels objectifs, explique Élodie Tabel-Diffaza. A l'étranger, il s'agit d'une fonction unique car la paie est plus simple, moins technique. Il y a moins de risques d'erreurs d'analyse et de conformité. La fonction de comp and ben inclut une dimension de motivation plus RH qui n'entre pas encore dans le champ du responsable paie

 

 

Chloé Goudenhooft

Ecrit par Chloé Goudenhooft le 16/02/2017
Mots-clefs : responsable paie, métier RH, prospective RH
Métiers associés :
A voir également

Tous Charlie, les Drh et l'entreprise

Du "slow business" au "slow recruitment"

L'innovation employeur, c'est pour bientôt ?

Commentaires sur l'article

Commenter avec :
Facebook
Google +