Ressources humaines

Réflexions sur les objets de nos désirs

Sélection de livres par Jacky Ouziel, expert financier.

 

Je partage avec vous mes récentes découvertes littéraires : 3 livres traitant quasiment du même sujet avec des sensibilités distinctes, mais complémentaires. Leur fil conducteur porte sur les objets de nos désirs (oeuvres d’art, collections de biens divers…) et leurs valeurs & prix.

 

 

Eloge du peu de Ryûnosuke KOIKE (éditions Philippe PIcquier)

 

 

Ce titre vous fait peut-être sourire … encore un livre sur l’éloge de la pauvreté. Pas du tout, c’est tout le contraire : pas de « mesquinerie de fauché » comme le dit si bien l’auteur, moine zen, qui essaie d’amener le lecteur à se pencher sur sa façon de consommer, de posséder, d’accumuler. Point de jugement, point de morale, juste une approche intéressante de ce que nous sommes qui ne se résume pas ce que nous possédons, bien que les publicitaires cherchent à nous convaincre du contraire à longueur de journée !

En guise d’avant-propos, l’auteur se penche sur ses propres possessions, dépenses et revenus. Cet ouvrage constitue un cheminement : avant tout comprendre pourquoi on veut de l’argent (au départ l’argent est fait pour libérer des biens matériels contre lesquels il est échangeable à tout moment). Mais il n’est pas utilisé de cette façon dans la société de consommation actuelle. Si tout n’est que souffrance, posséder est perçu comme un instant de plaisir. Mais malheureusement la spirale demande/désir/démesure se met alors en marche. Et dès que la chose est possédée, il faut posséder autre chose...

Mais le livre est également un guide vers le bonheur avec l’argent, car l’un n’exclut pas l’autre ! L’auteur nous invite à faire la liste du nécessaire et la liste de nos envies. Pour ces envies, mettre des priorités par un système de point et les justifier par écrit permet d’apaiser l’esprit, voire souvent de renoncer à certaines de ces envies.

L’auteur ne nous invite donc pas à faire le grand vide, mais à s’alléger à notre rythme et sans se priver. Faire l’expérience pendant une journée de réduire ses dépenses matérielles, de résister aux achats superflus et de réserver l’argent pour le nécessaire donne la sensation d’être affranchi de l’argent même quand on en a, une liberté de vivre à notre guise.

Il ne faut pas oublier que l’argent peut rendre encore plus heureux lorsqu’on le consacre à autrui, et les paragraphes sur le don, le cadeau, sont très intéressants : ne pas se laisser influencer par le prix, offrir ce qui correspond le mieux à la personne destinataire … un plaisir simple, sans prise de tête !

C’est un livre qui met le lecteur face à lui-même, à sa façon plus ou moins irrationnelle, impulsive d’acheter, d’accumuler, de dépenser. Une réflexion que chacun mènera à son rythme, une évolution par petits pas qui mènera vers une plus grande tranquillité, un rapport plus serein à l’argent, à la possession.

Cet ouvrage n’entend pas vous enjoindre de vivre en ermite sans dépenser le moindre sou, vous l’avez sûrement compris, son but est de vous inviter à choisir une approche des loisirs, de la cuisine, des déplacements qui vous permettra d’éprouver, dans vos actes, le fait qu’on peut vivre sans argent.

Par conséquent, l’éloge du peu n’est pas une invitation à se dépouiller de tout, au pied de la lettre. C’est un appel à un changement de paradigme, à se détourner de la consommation stimulée par le désir pour préférer acheter des articles de qualité, en fonction de ses besoins, et investir dans l’industrie qui les produit. Et par ce biais, à se libérer de ses désirs.

 

 


Valeurs : une approche sociologique de Nathalie Heinich (Gallimard)

 

 

Jamais ce terme n'a été aussi fréquemment invoqué, alors même qu'il est peu ou mal défini. Plutôt que de contourner ou de disqualifier la question, l'auteure l'aborde avec sérieux, au moyen des outils des sciences sociales, en adoptant une approche descriptive, compréhensive et résolument neutre.

Elle montre et démontre que les valeurs ne sont ni des réalités ni des illusions, mais des représentations collectives cohérentes et agissantes.

Contrairement à la philosophie morale, qui prétend dire ce que seraient de vraies valeurs, la sociologie axiologique s'attache à ce que sont les valeurs pour les acteurs : comment ils évaluent, opinent, pétitionnent, expertisent ; comment ils attribuent de la valeur, en un premier sens, par le prix, le jugement ou l'attachement ; comment les différents objets valorisés (choses, personnes, actions, états du monde) deviennent des valeurs en un deuxième sens (la paix, le travail, la famille) ; et comment ces processus d'attribution de valeur reposent sur des valeurs en un troisième sens, c'est-à-dire des principes largement partagés (la vérité, la bonté, la beauté), mais diversement mis en oeuvre en fonction des sujets qui évaluent, des objets évalués et des contextes de l'évaluation.

On découvre ainsi que, contrairement à quelques idées reçues, l'opinion n'est pas réductible à l'opinion publique, pas plus que la valeur ne l'est au prix, ni les valeurs à la morale ; que les valeurs ne sont ni de droite ni de gauche ; et qu'elles ne sont ni des entités métaphysiques existant en soi, ni des constructions arbitraires ou des dissimulations d'intérêts cachés.

 

 

Enrichissement : une critique de la marchandise de Luc Boltanski et Arnaud Esquerre (Gallimard)

 

 

Les auteurs restituent le mouvement historique qui, depuis le dernier quart du XXe siècle, a profondément modifié la façon dont sont créées les richesses dans les pays d'Europe de l'ouest, marqués d'un côté par la désindustrialisation et, de l'autre, par l'exploitation accrue de ressources qui, sans être absolument nouvelles, ont pris une importance sans précédent.

L'ampleur de ce changement du capitalisme ne se révèle qu'à la condition de rapprocher des domaines qui sont généralement considérés séparément - notamment les arts, particulièrement les arts plastiques, la culture, le commerce d'objets anciens, la création de fondations et de musées, l'industrie du luxe, la patrimonialisation et le tourisme.

Les interactions constantes entre ces différents domaines permettent de comprendre la façon dont ils génèrent un profit : ils ont en commun de reposer sur l'exploitation du passé. Ce type d'économie, Boltanski et Esquerre l'appellent économie de l'enrichissement. Parce que cette économie repose moins sur la production de choses nouvelles qu'elle n'entreprend d'enrichir des choses déjà là ; parce que l'une des spécificités de cette économie est de tirer parti du commerce de choses qui sont, en priorité, destinées aux riches et qui constituent aussi pour les riches qui en font commerce une source d’enrichissement.

Alors l'analyse historique revêt, sous la plume des auteurs, une deuxième dimension : l'importance, l'extension et l'hétérogénéité des choses qui relèvent désormais de l'échange ouvrent sur une critique résolument nouvelle de la marchandise, c'est-à-dire toute chose à laquelle échoit un prix quand elle change de propriétaire, et de ses structures. La transformation, particulièrement sensible dans les Etats qui ont été le berceau de la puissance industrielle européenne, et singulièrement en France, devient indissociable de l'analyse de la distribution de la marchandise entre différentes formes de mise en valeur.

On comprend d'entrée que cet ouvrage est appelé à faire date.

 

Ecrit par Jacky Ouziel le 14/03/2017
Mots-clefs : Eloge du peu de Ryûnosuke KOIKE, Valeurs une approche sociologique de Nathalie Heinich, Enrichissement : une critique de la marchandise de Luc Boltanski et Arnaud Esquerre
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