Ressources humaines

Le monde « parasphérique » des paradigmes multiples

Par Roger Nifle, ingénieur et philosophe.

 

 

 

 

Depuis plus de trois décennies est annoncée l’arrivée du nouveau paradigme. Mais qu’est ce donc qu’un paradigme, y en a-t-il deux ou plusieurs, et qu’y a-t-il de vraiment nouveau ? Faut-il changer de paradigme et comment ? Faut-il devenir « parasphérique » ?

 

 

Si on ne fait pas l’expérience de la pluralité des paradigmes on ne peut en changer et donc pouvoir déployer de nouvelles méthodes et de nouvelles solutions pour des situations toutes nouvelles. C’est à cet exercice que je veux vous entrainer ici avec quelques métaphores simples mais je l’espère parlantes.

Un paradigme d’après Wikipédia qui a lu Thomas Kuhn est en gros un ensemble de modèles ou dispositifs d’observation et de compréhension de la réalité. Si on en change le monde change et nous avec.

L’ancien paradigme serait celui dans lequel nous baignons depuis que l’on a été « formés » sur les bancs de nos écoles, petites et grandes. Les automatismes intellectuels acquis ne nous ont pas permis de connaître les racines de ce paradigme ni la possibilité qu’il en existe d’autres, c’est un point aveugle sur lequel repose tout l’édifice de nos savoirs et de nos compétences mentales habituelles. Donc pas question de comprendre, comparer, choisir nos paradigmes.

 

 

Enfermés dans une tour carrée

 

 

Nous sommes comme enfermés dans une tour, tour d’ivoire défensive souvent, où on va essayer d’y voir quelque chose.

Imaginons une tour carrée dans laquelle nous sommes enfermés.

Tout le monde ou presque se trouve installé en rang devant une grande fenêtre très haute et fermée par une grille. Il y a des lignes verticales qui coupent le paysage en tranches et nous range par disciplines, chacun voyant surtout ce qui est devant lui. Il y a des lignes horizontales qui découpent le monde aperçu en niveaux, depuis le terre à terre jusqu’au ciel avec les idéaux que l’on devine derrière les nuages. Entre les deux, différents degrés auxquels on accède en s’élevant de la tête comme de bons élèves. Les têtes biens pleines (d’abstractions ?) s’élèvent et les plus vides ont les yeux fixés au sol. Drôle de pesanteur. Disciplines et fonctions d’une part, niveaux hiérarchisés d’autre part, tel est le monde vu au travers d’une grille de lecture intériorisée depuis les bancs de l’école.
Mais sans doute hermétiques au formatage hiérarchisé, les distraits regardaient par la fenêtre d’à-côté et voyaient alors sous un autre angle un paysage bien différent.

La seconde fenêtre transparente, à la vitre légèrement teintée parfois de rose, était plus large que haute, propice à la contemplation de la nature et des jeux d’interactions entre toutes les choses. On imaginait très facilement qu’elles étaient régies par un vaste système qui en déterminait les lois et les mouvements comme le ferait un marionnettiste. Sages comme des images les spectateurs s’y voyaient facilement gambader, hésitant à en troubler l’ordre. La seule consigne c’était de ne pas déranger le système mais au contraire d’y adapter son regard et sa conscience et bien sur ses comportements. Loin des grilles et des hiérarchies il est plus reposant de fonctionner à l’horizontale, acteur spectateur des systèmes naturels et de leur fonctionnement, spontanément adapté s’il y consent en se rendant aux évidences qu’on lui sert. Tel est pour eux le « nouveau paradigme ».

Mais pendant que ces deux groupes là réfléchissaient, reflétaient, reproduisait le monde d’après leur paradigme, il y en avaient d’autres qui tournaient radicalement le dos au mur du premier paradigme et sa fenêtre grillagée mais se détournaient aussi du «nouveau paradig-me». Cette troisième fenêtre était à moitié fermée par des volets et quelques uns s’étaient érigés en maîtres de la lumière ou des ténèbres. Ils faisaient le jour et la nuit sur les manières de faire, de dire, de taire selon leur bon vouloir. Le paradigme de la puissance les absorbait tous, dominants et dominés, jouant entre eux de la lumière ou de l’obscurité à qui aura le pou-voir. Leur avidité de puissance et le manque qui les taraude les immobilisent dans le contrôle des volets, prisonniers de la tour. Les jeux de pouvoir, sont à eux-mêmes leur propre fin. Ils expliquent le monde et organisent sans fin les manœuvres d’emprises offensives ou défensives qui le régissent.

Enfin il y avait une quatrième face dans la tour, comme dans une caverne à quatre écrans de projection. Là se trouvait une porte, une porte fenêtre sans doute. Quelques uns qui l’avaient aperçue, capables de reconnaître aussi l’existence des autres fenêtres pouvaient alors choisir de s’en détacher. Ils faisaient dès lors l’expérience de l’intériorité et aussi de l’extériorité pour instaurer une vie et partager des affaires communes. La porte fenêtre marquait le passage, la liberté mais aussi le partage d’enjeux communs. Là seulement l’apprentissage de la liberté responsable dans des communautés d’enjeux trouvait sa place alors que les autres restaient enfermés dans la tour de l’ancien et du nouveau paradigme et aussi du paradigme souvent masqué de la logique de puissance.

 

 


Quatre paradigmes à l’œuvre

 

 

Ces quatre paradigmes peuvent être maintenant renommés.

- Le paradigme du rationalisme idéaliste a structuré notre monde et lui assigne des vertus technocratiques pyramidales et disciplinaires, aujourd’hui en difficulté dans le mouvement du monde.

- Le paradigme du naturalisme systémique qui ne demande qu’adaptation aux environne-ments systémiques de l’économie, de la nature et autres systèmes qui nous régissent pour pouvoir en bénéficier au risque d’en être éliminé.

- Le paradigme de la puissance (du bien et du mal) qui expliquerait toutes choses où l’emprise sur les autres se fait par le biais des affects et du maniement des consciences grâce à la maîtrise des médiations.

- Enfin, le paradigme communautaire qui invite à s’engager dans les affaires et entreprises humaines qui sont toujours inscrites dans des communautés de Sens partagés.

 

 

 

Pour ce quatrième paradigme, les portes fenêtres sont ouvertes sur le monde grâce notamment à Internet. Il ouvre le champ d’un monde de communautés dans lequel s’entreprennent les affaires humaines sous un tout nouveau jour et où chacun est invité à participer selon ses potentiels et sa maturité. Mais c’est une nouvelle lecture des affaires humaines et une nouvelle ingénierie humaine qui permet de comprendre et agir dans le Sens du bien commun.

 

 


Changer de paradigme pourquoi ?

 

 


- pour rétablir les cadres traditionnels en péril ?
- pour s’adapter et s’abandonner aux courants du moment ?
- pour poursuivre la lutte pour le pouvoir et la puissance ?
- pour participer aux affaires communes et au développement humain. ?

Discerner pour choisir, choisir pour s’engager, s’engager pour développer et se développer. Pour cela il faut sortir des cadres fermés, des fatalités opportunistes et des facilités naïves ou perverses.

Nous sommes dans une mutation de civilisation, une crise de Sens et donc de paradigmes. C’est heureux parce que c’est aussi une provocation au discernement et à la responsabilité d’un changement de civilisation. Mais c’est une épreuve de traversée, de troubles multiples à dépasser où l’incertitude et la créativité sont les facteurs du risque de réussir.

 

 

 

 


Roger Nifle, ingénieur et philosophe a développé les conceptions et les méthodes de l’Humanisme Méthodologique mis en œuvre au cours d’une longue expérience de consul-tant dans les entreprises ou des territoires. Il se consacre maintenant à la transmission de ces approches et notamment du paradigme communautaire et aussi à la sculpture.

L’Humanisme Méthodologique éclaire sur ce qui se trame dans l’actualité et propose un nouveau paradigme, le paradigme communautaire tant dans le mode de compréhension du monde que la visée du bien commun et les processus de l’action, toujours communautaire.

Ecrit par Roger Nifle le 21/09/2015
Mots-clefs : nouveau paradigme, entreprise de demain, travail collaboratif, sens du bien commun
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