Ressources humaines

La gestion de la crise… et après ?

Par Jérôme Bouchet et François Carles du cabinet Psya.
Jérôme Bouchet : "Il s’agit surtout dans ce cadre de prévenir le « syndrome post traumatique », ce terme dont tous les français ont maintenant entendu parler."

 

 

 

 

Un peu plus sept jours après les attentats qui ont été perpétrés dans Paris et à Saint-Denis, il est certainement encore trop tôt pour tirer des conclusions mais d’ores et déjà des premiers constats peuvent être formulés.

Cet événement d’une ampleur sans précédent a eu un retentissement auprès de tous les français : le fait que les victimes directes sont « des anonymes comme vous et moi dont le seul tort était d’être au mauvais endroit au mauvais moment » renforce certainement ce sentiment.
L’émotion « submerge » chacun d’entre nous, que nous soyons directement impliqués ou parce que nous nous sentons menacés.
Très vite, la nécessité d’un soutien psychologique s’est imposée : les blessures sont physiques et psychiques. Il s’agit de « libérer la parole » et de permettre de mettre des mots sur ce qui apparait comme absurde, de verbaliser l’anxiété ressentie pour mieux la contenir.
Les médias se sont d’abord fait le relais de l’intervention des CUMP (les Cellules d’Urgence Médico-Psychologiques) pour les victimes directes présentes sur place. Il s’agit surtout dans ce cadre de prévenir le « syndrome post traumatique », ce terme dont tous les français ont maintenant entendu parler.
Chez PSYA, nous avons été très sollicités par les entreprises bien au-delà de notre activité habituelle.
Nous avons renforcé notre équipe du Centre d’Ecoute Psychologique pour faire face et répondre à l’ensemble des bénéficiaires qui nous sollicitent. Tous, qu’ils aient été ou non impliqués directement, nous font part de leurs douleurs, de leurs craintes pour l’avenir, pour eux et surtout leurs proches.

 

 


L’accompagnement des organisations

 

 


Nous avons relevé une particularité qui n’est peut-être pas sans signification : les premières entreprises à réagir et à nous solliciter ont été nos clients anglo-saxons qui étaient préparés.
Au-delà de l’éventuelle différence culturelle difficile à établir, nous envisageons plutôt que cette réactivité est le fruit des retours d’expérience que ces organisations n’ont certainement pas manqué de réaliser suite aux attentats du World Trade Center le 11 septembre 2001…
Les entreprises françaises se sont davantage manifestées à partir de lundi matin quand tout le monde est rentré au bureau.
Rappelons les principaux critères d’évaluation utiles pour organiser et dimensionner un dispositif de soutien psychologique. Il convient tout d’abord de s’interroger sur le degré d’impact sur les collaborateurs : « Est-ce que je recense parmi les salariés des victimes directes ou des proches ? Des salariés m’ont-ils témoigné de leur mal-être ou de leurs craintes ? Puis-je évaluer le nombre de personnes impactées ? … »
Cette première évaluation permet ensuite d’envisager un dispositif pouvant inclure une écoute individuelle ou collective, à distance ou sur site. Il s’agit d’engager les moyens nécessaires, sans surenchère, pour répondre rapidement aux attentes des salariés.
La mise en place d’un tel dispositif doit être accompagnée d’une communication spécifique.
S’il faut agir rapidement, la précipitation n’est pas de mise. Au contraire, il sera nécessaire de rester vigilant et de maintenir ce dispositif bien après la fin de ces événements : les conséquences resteront présentes longtemps mais s’estomperont probablement au fil du temps. Le risque sera alors de ne pas raccorder ces symptômes avec l’origine du traumatisme.

 

 


Et après…

 

 


Faire face à ces événements suppose de s’y préparer autant que faire se peut. Nous sommes confrontés à un risque d’intensité. L’organisation doit donc être capable de se mobiliser en conséquence lorsqu’un tel événement se produit. Deux actions peuvent être envisagées : la formalisation du réseau santé de l’entreprise qui doit être un outil opérationnel mobilisable rapidement et efficacement d’une part et, d’autre part, la formation des acteurs sensés mobiliser ce réseau avec notamment en priorité les managers et surtout les Responsables des Ressources Humaines qui sont sollicités en première ligne.
Et pour conclure…
Cette crise a le mérite de nous rappeler que l’entreprise est un collectif, un corps social dans lequel des hommes et des femmes se côtoient au quotidien.
L’anxiété qui a été exprimée au sein des entreprises est aussi le reflet de la force de ces liens qui unissent les collaborateurs entre eux : nous nous sommes tous inquiétés pour un ou des collègues, nous sommes tous un peu plus attentif depuis cet événement.
Souhaitons que cet état d’esprit perdure !
Bonne continuation à tous et portez-vous bien.

 

 

 

Jérôme Bouchet, directeur des opérations du cabinet Psya, prévention et gestion des risques psychosociaux et promotion de la qualité de vie au travail.

François Carles, chargé de relations entreprise et assurance.

Ecrit par Jérôme Bouchet et François Carles du cabinet Psya le 23/11/2015
Mots-clefs : Attentats 13 novembre 2015 Gestion de crise en entreprise, cabinet Psya, CUMP (les Cellules d’Urgence Médico-Psychologiques), Centre d’Ecoute Psychologique
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