Ressources humaines

La RSE est un élément clé des actifs immatériels

Benjamin Castaldo, DRH groupe Partouche, et Hervé Gbego, pdt de Compta Durable.
Benjamin Castaldo, DRH du groupe Partouche.
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Le groupe Partouche emploie près de 5000 collaborateurs et exploite 46 casinos en France, en Suisse, en Belgique, en Espagne et en Tunisie. Il gère aussi une large gamme d’hôtels, de restaurants gastronomiques, de centres thermaux, de golfs et de plages. Mais cet environnement glamour n’est pas exempt de contraintes réglementaires : minimiser l’impact environnemental, garantir des « jeux responsables », faire vivre le tissu économique local… Son DRH, Benjamin Castaldo, expose au côté d’Hervé Gbego, président du cabinet Compta Durable, sa vision du reporting RSE et de l’article 225 de la loi Grenelle 2.

 

 

 

Pouvez-vous nous décrire en quelques mots les contours de l’article 225 de la loi grenelle 2 ?

 

Hervé Gbego – Cet article de la loi Grenelle II contraint les sociétés cotées et non cotées (selon leur chiffre d’affaires et leur nombre de salariés) à publier chaque année des données sur les impacts environnementaux, sociaux et sociétaux de leur entreprise[1]. Elles doivent ainsi renseigner 42 indicateurs (ou 29 s’il s’agit d’une société non cotées) dont 19 d’entre eux concernent l’aspect social. Les sociétés soumises à cette obligation sont :

- Toutes sociétés cotées sur un marché réglementé et inscrites au registre du commerce français.

- Les sociétés SA, SCA et SE non cotées françaises ainsi que les filiales françaises d’un groupe étranger.

 

 

Qui peut réaliser la vérification des informations RSE et comment choisir son vérificateur ?

 

H.G - L’article 225 innove pour ce qui est de la vérification des informations RSE par rapport à la loi sur les nouvelles régulations économiques – NRE – qui était précédemment en vigueur. Il propose en effet qu’elles soient obligatoirement vérifiées par un OTI (organisme tiers indépendant) accrédité par le COFRAC (Comité Français d’Accréditation). La mission de ces organismes consiste alors à vérifier la présence des informations dans le rapport de gestion et à effectuer des diligences pour apprécier la sincérité de celles-ci. L’accréditation du COFRAC assure que l’OTI effectue sa mission conformément aux dispositions prévues par l’arrêté du 13 mai 2013 relatif au déroulement de la vérification, et atteste des compétences de l’entité dans ce domaine. Le vérificateur est désigné soit par le directeur général ou le président du directoire de la société pour une durée qui ne peut excéder six exercices.

 

Quels sont les indicateurs du reporting article 225 loi grenelle 2 ?

 

H.G - Les indicateurs doivent être présentés en trois volets : environnement, social et sociétal. Selon les volets, les indicateurs sont plus ou moins flous et laissent donc l’entreprise libre de proposer des critères plus précis. Les thématiques en matière sociale concernent l’emploi, l’organisation de travail, les relations sociales, la santé et la sécurité, la formation, l’égalité de traitement. En matière sociétale, on aborde l’impact territorial, économique et social de la structure, les relations avec les différentes parties prenantes, loyauté dans les pratiques. Enfin, en matière environnementale, un focus est mis sur la politique de l’entreprise, la pollution et la gestion des déchets, l’utilisation durable des ressources, le changement climatique et la biodiversité. Des indicateurs sont élaborés pour chacune de ces thématiques.

 

Comment l’entreprise procède-t-elle ?

 

H.G -L’entreprise doit alors collecter ces informations auprès de l’ensemble de ces filiales, s’assurer qu’elles sont calculées de manière identique puis les consolider. A titre d’exemple, l’effectif de l’entreprise doit correspondre à la somme des effectifs de chaque filiale. Il doit être calculé de la même manière : soit en effectif total, soit en effectif moyen ou équivalent temps plein. Le mieux est d’adapter le contrôle interne de l’entreprise aux données RSE pour plus de fiabilités.

 

 

 

En quoi consiste la vérification du rapport RSE ?

 

H.G - L’organisme tiers indépendant doit réaliser à la suite d’un audit une attestation de présence des informations RSE (présence des 42 indicateurs) et émettre un avis motivé sur la sincérité des informations RSE. Pour cela, il vérifie la méthode de calcul, la consolidation des informations et les méthodes de contrôle en interne).

 

 

 

 

A quels enjeux sous-jacents le reporting de ces informations répond-il ?

 

Benjamin Castaldo – Tout d’abord, c’est un véritable enjeu en matière de changement culturel dans le cas d’entreprises peu aguerries au sujet, ce qui était le cas de la mienne. Il est comme souvent essentiel de tourner ce qui peut sembler être une contrainte, en opportunité. Pour cela il faut parvenir à motiver les collaborateurs en charge du reporting sur les différents sites et donc commencer par expliquer le sens profond des choses. Ce n’est que par ce travail que vous parvenez à impliquer les personnes et à susciter un début d’engagement. Mais la bonne nouvelle est que les « collaborateurs – citoyens » sont aujourd’hui très murs pour ce type de sujet, et j’ai été étonné par la capacité des équipes terrains à accueillir très favorablement ce challenge. Ensuite, un enjeu relatif à une prise de conscience collective. A début de notre reporting, les réactions les plus immédiates pouvaient être par exemple : « notre industrie ne pollue pas » ou encore « cela ne nous concerne pas ». Or dans RSE, le « S » doit aussi être souligné et quand bien même votre industrie ne serait certes pas des plus « impactantes » pour votre environnement biologique, elle l’est forcément pour l’environnement sociétal.

 

 

 

Quel autre enjeu souhaitez-vous souligner ?

 

B.C - Enfin, un enjeu organisationnel car il faut mettre en place des process adéquats. Cela peut sembler marginal, mais il s’agit pourtant d’une des clés du succès à ne pas négliger.

 

 

 

Quels sont les principaux écueils à éviter dans un reporting d’informations sociales ?

 

H.G - L’application de l’article 225 de la loi de Grenelle II ne doit pas être perçue comme une contrainte pour les entreprises concernées. Elle doit au contraire leur permettre de communiquer efficacement sur des critères prédéfinis ce d’autant qu’elles répondent bien souvent aux enjeux du développement durable sans le savoir. Un reporting correctement réalisé ne doit pas non plus consister en une simple succession d’informations. Il doit chercher à montrer l’orientation et l’ambition de l’entreprise en matière de social. Cela passe par présentation d’un ensemble cohérent de données, qui doivent être le plus possible expliquées. A travers leur reporting social, les entreprises s’attachent souvent à communiquer leurs engagements envers les salariés, et à montrer leurs intentions de mieux faire de périodes en périodes. Il est pourtant essentiel de décrire en premier lieu les moyens mis en œuvre dans la réalisation de ces objectifs, plutôt que détailler un catalogue de mesures. Par ailleurs, il est important de faire apparaître dans le reporting les éventuelles mauvaises performances de l’entreprise, tout en en expliquant les causes et en proposant des solutions.

B.C -Le principal écueil est à mon avis d’éviter l’empilage de données qui in fine ne seraient pas exploitables ou qui ne correspondraient pas à la stratégie définie au départ. En d’autres termes, éviter de faire perdre du temps à ses équipes à compiler des chiffres qui ne vont pas permettre d’expliquer correctement soit l’impact soit l’engagement de l’entreprise. Dans notre cas, nous avons commencé par une collecte d’informations simples et dont nous étions assurés qu’elles pourraient apporter une réelle plus value pour notre reporting. Car la tentation est forte de vouloir un maximum de données…Mais il faut penser à celles et ceux qui les recensent. Sans jeu de mots, le DRH a là aussi une responsabilité sociale vis-à-vis des collaborateurs en charge du reporting ! Donc le choix des données à collecter doit être motivé par la finalité, et prendre en compte la capacité à les produire, cela étant d’autant plus vrai si nous nous situons dans le cadre d’une organisation éclatée.

 

 

 

En quoi est-ce une occasion pour le DRH de valoriser son rôle ?

 

B.C - La RSE est une formidable occasion pour le DRH de mettre l’humain au cœur de l’entreprise tout en le mettant en cohérence avec les objectifs business, et il ne doit pas rater le train en marche. A la rentrée 2014, nous allons établir pour la seconde fois notre reporting, et cela va nous permettre de travailler plus en profondeur sur l’aspect sociétal. En tant que DRH cela va me permettre de remettre au cœur de la stratégie de mon groupe un principe qui m’est cher, celui de subsidiarité. En effet, l’impact local de notre activité, notre ancrage, est un vrai atout, et il faut le mettre en valeur. Cela passe en matière de management par une meilleure application du principe de subsidiarité, c’est à dire notre capacité à renforcer les compétences du local, l’aider afin qu’il soit à même de réaliser ses missions au mieux. Au-delà du reporting RSE, le DRH doit donc prendre le sujet non comme une fin, mais comme un moyen pour parvenir à mieux servir sa mission et l’intérêt de l’entreprise, qui est celui des collaborateurs et des clients.

 

 

 

 Quels conseils donneriez-vous au DRH en charge du reporting ?

 

B.C - Dans une organisation très décentralisée comme la mienne, il faut convaincre. Et pour cela, s’assurer de l’adhésion de vrais ambassadeurs sur le terrain. Ensuite, ne pas se laisser décourager par les éternels réfractaires qui vous diront toujours que la RSE est une contrainte légale supplémentaire, que cela ne sert à rien…et ils sont encore nombreux ! Dès le départ, au – delà du reporting, il faut fixer le cap. Un reporting est toujours une contrainte, mais – et pour l’avoir vécu- il met en lumière des sujets qui nous permettent un angle de vue différent. Il faut donc prendre le sujet pleinement, et voir en quoi, pour nous DRH, la RSE est un élément clé de la valorisation des actifs immatériels de l’entreprise. Nous n’en sommes qu’au début, mais là encore, les ressources humaines vont jouer un rôle central.  

 

 

 

Propos recueillis par Christine Rossignol

 

 

 

Citations :

 

“ Les « collaborateurs – citoyens » sont aujourd’hui très murs pour ce type de sujet. ” Benjamin Castaldo

 

“ Il est important de faire apparaître dans le reporting les éventuelles mauvaises performances de l’entreprise, tout en en expliquant les causes et en proposant des solutions. ” Hervé Gbego

 

“ C’est un véritable enjeu en matière de changement culturel dans le cas d’entreprises peu aguerries au sujet.”

Benjamin Castaldo

 

“ L’organisme tiers indépendant émet un avis motivé sur la sincérité des informations RSE. ” Hervé Gbego

 

[1]   Le décret prévoit que « Le rapport du conseil d’administration ou du directoire mentionné à l’article L. 225-102 expose, en application des dispositions du cinquième alinéa de l’article L. 225-102-1, les actions menées et les orientations prises par la société et, le cas échéant, par ses filiales au sens de l’article L. 233-1 ou par les sociétés qu’elle contrôle au sens de l’article L. 233-3, pour prendre en compte les conséquences sociales et environnementales de son activité et remplir ses engagements sociétaux en faveur du développement durable. »

 

Parution en partenariat avec La Revue Personnel de septembre 2014.

 

 

 

 

Ecrit par Christel Christel le 26/09/2014
Mots-clefs : la RSE, des actifs immatériels, l’article 225 de la loi Grenelle 2, groupe Partouche, cabinet Compta Durable, DRH Benjamin Castaldo Partouche
Métiers associés : DRH
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