Ressources humaines

Industrie 4.0 : un bouleversement sans précédent

Pascal Brier, président de la Commission Industrie du Futur du Syntec Numérique.
Pascal Brier : "Il va y avoir une période d’adaptation nécessaire avec une pénurie de compétences sur le marché du travail."

 

 

Pouvez-vous dans un premier temps nous présenter un état des lieux des grandes révolutions qui bouleversent à l’heure actuelle le monde de l’Industrie ?

 


L’Industrie du futur se situe à l’intersection entre l’économie et la technologie. Plusieurs technologies se développent à l’heure actuelle et nous offrent une possibilité de nous réindustrialiser de façon différente. L’Industrie 4.0 est née de l’association de quatre grands bouleversements.
Tout d’abord, ce que l’on appelle la révolution numérique permet de construire des usines digitales, automatisées et connectées entre elles. Les industriels sont par conséquent capables de nos jours de prévoir différents scenarii de maintenance préventive ou prédictive. Le pourcentage de risques de pannes peut être connu à l’avance ainsi que leur impact sur la production. L’ensemble du fonctionnement des machines peut par ailleurs être contrôlé depuis un simple Smartphone. Il s’agit là d’une véritable révolution.
Le deuxième grand bouleversement auquel l’Industrie doit faire face est celui de la robotique. On construit des robots intelligents, mobiles, multitâches et complémentaires à l’homme. On parle de robotique collaborative. Les robots drones peuvent par exemple intervenir à des endroits inaccessibles à l’homme pour effectuer des réparations et les exosquelettes supporter des charges très lourdes. La mécatronique, c’est-à-dire la synergie entre la mécanique, l’électronique, l’automatisme et l’informatique, permet de concevoir des systèmes puissants qui s’autocontrôlent.
La troisième grande innovation qui modifie aussi le paysage industriel est la réalité virtuelle et augmentée. Les ingénieurs effectuent de nos jours de nombreuses simulations virtuelles avant de lancer un produit sur le marché. Ils visualisent les produits de manière graphique et grâce à la 3D construisent un jumeau numérique d’un environnement avant de l’implanter dans le réel.
Enfin, la dernière grande révolution concerne la fabrication additive. Elle induit une manière différente de penser la création de produits. Cela faisait plus d’un siècle que nous pratiquions l’Industrie du rebus en produisant à partir d’un bloc de matière. La fabrication additive est un procédé de fabrication par ajout de couches successives. Cela change tout car il n’y a plus de déchets et les coûts de production sont diminués. Lorsque toutes les nouvelles technologies seront maîtrisées, les différentes industries créeront beaucoup moins de rebus. Cette avancée est phénoménale notamment en matière de respect de l’environnement.

 

 

Quel va être l’impact de ces nouvelles technologies sur les métiers ?

 

 

Les nouveaux métiers sont pour l’instant embryonnaires. Les entreprises vont vivre un véritable appel d’air. Il va y avoir une période d’adaptation nécessaire avec une pénurie de compétences sur le marché du travail. Il va falloir anticiper et prévoir quels vont être les métiers émergents, créer de nouvelles filières de formation et mener des politiques d’information efficaces auprès des industriels afin qu’ils comprennent mieux les enjeux.
Chaque année, une centaine de Data Scientists sont diplômés en France. Ce n’est pas suffisant et de nouvelles filières doivent être créées le plus vite possible. Il faut également créer une aide au recrutement dans les régions afin de mieux sélectionner les compétences et les profils. On pourrait très bien mettre en place des antennes locales pour embaucher les compétences nécessaires à l’Industrie du futur.

 

 

Quel est le niveau de maturité de réflexion de la France par rapport aux autres pays ?

 

 

Certains pays ont pris de l’avance sur la France comme l’Allemagne qui a commencé sa modernisation en 2011. La révolution technologique que nous vivons va avoir un impact direct sur la compétitivité des organisations. Il va falloir surfer sur la vague de l’Industrie 4.0 pour continuer à exister. Les Japonais et les Coréens sont dans la mouvance et ont pris de l’avance. Les Américains y voient là une occasion de se réindustrialiser. L’Usine de demain est moins tributaire du coût de la main-d’œuvre et permet d’arrêter les délocalisations. General Electric a investi 5 milliards de dollars pour réinventer son industrie et devenir l’équipementier industriel du monde.
En France, il y a un écart entre les entreprises du CAC 40 élargi et le reste du tissu industriel. Nous avons mené une étude auprès d’une centaine d’entreprises de grandes et de petites tailles et avons constaté que 38% d’entre elles avaient des initiatives en matière de transformation numérique. Le prochain gouvernement devra mettre en place un plan afin d’informer, d’inciter et d’accompagner les changements. La plupart des chefs d’entreprise n’ont pas réellement conscience de ce qu’est l’Industrie du futur ! Une Alliance a été créée afin de bâtir un plan pour l’Industrie du futur. On encourage l’Etat à la doter de moyens et de ressources opérationnelles, notamment pour créer de nouvelles filières de formation.
Le rôle du Syntec numérique est aujourd’hui de réfléchir aux métiers et de sensibiliser l’ensemble des entrepreneurs locaux. Nous souhaitons une incitation de l’Etat grâce au Crédit d’Impôt Recherche notamment pour améliorer la cyber-sécurité.
Un nouveau jeu concurrentiel est en train de se mettre en place. Nous vivons une chance unique depuis 70 ans de promouvoir une nouvelle industrie. Ne la perdons pas !

 

 

Propos recueillis par Christel Lambolez

 

Ecrit par / Propos recueillis par Christel Lambolez le 05/03/2017
Mots-clefs : Industrie du futur, Industrie 4.0, Pascal Brier président de la Commission Industrie du Futur du Syntec Numérique
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