Ressources humaines

Crises, stress et dépressions

Par Philippe Rodet, médecin urgentiste.
Philippe Rodet : "L'augmentation brutale du niveau de stress peut avoir des conséquences chez des personnes qui avaient déjà un niveau de stress important, altérant gravement leur sommeil
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A court terme, les crises collectives génèrent du stress.

 


A court terme, les crises collectives, qu’elles qu’en soient les origines – économiques ou en rapport avec des actes terroristes – sont génératrices de stress.
Dans les semaines faisant suite à la crise financière de 2008, le nombre d’appel vers les numéros d’aide psychologique a explosé dans plusieurs pays du monde. Aux Etats-Unis, juste après le début de la crise provoquée par la faillite de la banque Lehman Brothers, le nombre d’appels reçus par CrisisLink était en hausse de 132% par rapport à octobre 2007.
En France, après les attentats de janvier 2015, selon la société Celtipharm, qui analyse en temps réel les ventes de 4800 pharmacies représentatives, les Français ont acheté 18,2 % de boîtes d’anxiolytiques ou d’hypnotiques de plus que d’habitude.
Cette augmentation du niveau de stress est en partie liée à la peur générée par le contexte mais aussi, dans le cas des attentats, aux images qu’il est possible de voir. Des chercheurs de l’Université de Bradford ont montré que le fait de visionner des images violentes sur les réseaux sociaux provoquait une augmentation du stress ou de l’anxiété, voir des symptomatologies de stress post traumatique.
Cette augmentation brutale du niveau de stress peut avoir des conséquences chez des personnes qui avaient déjà un niveau de stress important, altérant gravement leur sommeil et les fragilisant alors beaucoup plus rapidement. Cela peut apparaitre comme la goutte d’eau qui fait déborder un vase déjà bien plein.
Il est donc plus que jamais important d’avoir un œil vigilant vis-à-vis de ses collaborateurs afin de détecter à temps une personne en souffrance.

A moyen terme, les crises collectives génèrent des dépressions parfois majeures…
A court terme, l’organisme humain mobilise ses défenses et génère du stress. En revanche, à moyen terme, l’état moral peut s’effondrer. Ainsi, lors de la crise de 1929, c’est en 1932 qu’il y a eu le pic de suicide aux Etats-Unis puisque celui-ci était pratiquement le double de celui de 1920.
Partant de ce principe, en novembre 2011, lors de la Journée Nationale de l’Ecoute organisée à Paris par « S.O.S Amitié », une alerte avait été lancée à cette occasion par des participants à une table ronde sur la proximité d’un épisode moral difficile. En décembre 2012, on apprend que l’augmentation du nombre de suicides sur les voies ferrées serait de 30% plus élevé en octobre 2012 qu’en octobre 2011.

 

 

 

Que faire ?


L’intérêt de savoir que la période à venir risque d’être compliquée est de pouvoir agir pour en diminuer le plus possible les effets.
Il est possible de proposer trois axes de travail.

 

 

Tout d’abord, faire émerger des « facteurs de protection »

 


Le Professeur Jean-Jacques Breton, professeur de psychiatrie canadien, explique que tout comme il existe des facteurs de risque, il existe des facteurs de protection : «On a beaucoup parlé des facteurs de risque dans la problématique du suicide. Mais ce qu’on a découvert, c’est qu’il y a aussi des facteurs de protection. S’il y a des facteurs de protection, le risque d’avoir des idées suicidaires diminue. Ce n’est pas magique, bien sûr, mais si on favorise ces facteurs de protection, les gens peuvent améliorer leur capacité à faire face aux événements stressants. On peut les outiller».
Parmi ces facteurs de protection, ceux auxquels on pourrait recourir concernent les liens sociaux, le sens, le fait d’avoir un objectif dans la vie…
Pour renforcer les liens sociaux, encourageons tout ce qui peut inciter les uns et les autres à mieux se connaître, à mieux se comprendre, à s’entraider, à passer du temps agréable ensemble.
Le sens est puissamment protecteur du stress, de nombreuses études le montrent. Il est donc essentiel de cultiver le sens en aidant tout un chacun à bien voir à quel point il est utile. Dans le cadre professionnel, il est plus que jamais nécessaire de s’interroger suer le sens du travail des collaborateurs. Savent-ils tous à quoi ils servent ? Savent-ils tous quel est leur rôle dans la réussite de la stratégie globale ?
«Le but fournit de l’énergie pour la vie» explique Mihály Csíkszentmihályi, le célèbre psychologue de renommée internationale. Avoir un but ambitieux et le rendre réaliste grâce à une solide confiance en soi est protecteur. Souvenons-nous, sur le plan professionnel, que les encouragements aident à cultiver le sentiment d’efficacité personnelle, clé d’une augmentation de la confiance en soi et d’une baisse du niveau de stress.

 

 

Ensuite détecter les personnes en souffrance

 


Osons développer ce qui marche si bien au Canada : les sentinelles. Il s’agit de former des personnes à savoir voir un collègue, un ami, un collaborateur qui souffre moralement, à savoir s’adresser à lui et à savoir l’orienter soit vers son médecin traitant, soit - si c’est dans un cadre professionnel - vers le service RH. Cette stratégie a été exportée notamment en Belgique dans la province de Liège pour venir en soutien aux policiers et aux étudiants et en France en Bretagne pour aider les agriculteurs et dans d’autres régions dans des entreprises afin de faire émerger une véritable vigilance partagée.

 


Enfin, accompagner

 


Accompagner les managers pour qu’ils soient vigilants sur la qualité de leur management, sur le sens qu’ils transmettent à leurs collaborateurs, sur la manière dont ils fixent les objectifs, sur le juste niveau d’autonomie qu’ils accordent à leurs collaborateurs, sur la gratitude qu’ils expriment, sur le sentiment de justice qu’ils induisent…
Accompagner chaque personne, détectée à temps grâce aux sentinelles, afin qu’elle renoue avec l’envie de vivre, de réussir, de se dépasser…

 

 

En conclusion

 


Voilà quelques « outils », pour paraphraser le Professeur Jean-Jacques Breton, susceptibles d’aider tout un chacun à traverser au mieux une période difficile. C’est le moment d’oser les mettre en œuvre. Souvenons-nous de la très belle phrase de Sénèque : «Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles».

 

 

Ecrit par Philippe Rodet le 20/11/2015
Mots-clefs : stress, dépressions, crise, risques psychosociaux, RPS
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