Ressources humaines

Attention et management

Par Denis Bismuth, fondateur de Metavision et superviseur de manager.
L’attention est cette capacité à prendre un peu de recul par rapport à la situation, à dézoomer pour prendre en compte la globalité des éléments.

 

 

 

 

 

 

 


S’il est une compétence que doit mettre en œuvre un manager pour éviter les pièges que lui tend tous les jours sa difficulté à considérer les événements de sa vie, c’est bien la capacité d’ATTENTION. Mais qu’est ce que l’attention ? Et peut-on apprendre à être attentif ?

 

 

Distinguer attention vigilance et focalisation

 



La plupart des accidents de la circulation se produisent sur un parcours habituel. Ces accidents sont essentiellement dus à des déficits de vigilance. Pour des raisons d’économie d’énergie, le cerveau se met en automatique dès qu’il doit produire des routines de comportement. Heureusement ! Si on devait être conscient de chacun des gestes de notre quotidien on s’épuiserait rapidement. Heureusement qu’on fait un peu le tri de tous les stimuli de l’environnement !
Mais cette capacité à passer en pilotage automatique n’est pas sans inconvénient : on passe à coté de beaucoup d’éléments qui devraient nous alerter et qui nous font dire après coup : «j’aurais dû le voir !» «maintenant qu’on en parle, je vois bien que… !»

Mais quand l’environnement nous alerte et réveille notre vigilance, on a tendance à se focaliser sur ce qui nous semble être le problème, ce qui est l’important dans l’immédiat, ce qui surgit devant nos yeux. Cette focalisation nous empêche de voir l’ensemble du problème. C’est comme lorsque le matin vous ouvrez un mail de votre banque vous demandant de renvoyer rapidement vos codes confidentiels avant fermeture de votre compte. Vous savez intellectuellement qu’il y a des risques de phishing et en temps normal et «à froid» vous êtes capable de voir le piège. Mais le sentiment d’urgence vous amène à vous focaliser sur la demande apparente et à répondre tout de suite.


Pour éviter le piège il faut dépasser la focalisation et être attentif. L’attention est cette capacité à prendre un peu de recul par rapport à la situation, à dézoomer pour prendre en compte la globalité des éléments. Dans le cas d’un phishing, il suffit de considérer l’ensemble du mail et d’aller voir dans la barre d’identification de l’expéditeur si ce mail provient vraiment de votre banque. Mais ce n’est pas une question de connaissance, c’est une question d’attention ! L’attention suppose d’être capable de considérer que ce que je perçois n’est qu’une partie de la réalité et que cette apparence de réalité peut cacher des informations qui me seraient utiles pour ne pas tomber dans le piège.
Il en est de même dans la conduite des affaires humaines et principalement dans le management.


Pris par le cours de l’action, le manager réagit à ce qu’il advient de la même manière : il n’est vigilant qu’à ce qu’il perçoit comme inhabituel, il se focalise sur la partie visible du problème, ce qui se manifeste et ne prend pas le temps d’un dézoomage systémique pour prendre en compte l’ensemble des éléments de la situation.

 

 

 

Apprendre à être attentif ?

 

 


L’attention renvoie à un geste cognitif déjà identifié dans la Grèce antique le geste d’épochè (prononcez époqué) ou prosochè . Cela renvoie à une capacité à suspendre son action et à changer l’orientation de son attention de l’extérieur vers l’intérieur pour être attentif aux indicateurs sensoriels de son expérience : ce que l’on pourrait voir comme une certaine capacité à être attentif à son intuition. Et la capacité à mettre en mot ce vécu pour rendre explicite et organisé les éléments inconscient et inorganisé de ce vécu.
Ce geste existe chez chacun d’entre nous d’une manière plutôt intuitive. Mais faute de n’y avoir prêté une réelle attention il n’est pas toujours utilisé à bon escient. Mais il peut s’entraîner.
C’est un des principaux bénéfices que l’on peut tirer de démarches d’analyse de pratiques. Contrairement à ce qui se pratique le plus souvent, l’analyse de pratiques n’a pas comme but d’amener les personnes à résoudre des problèmes, mais plutôt à entraîner leur capacité à problémer, c’est-à-dire à mettre en problème leur vécu d’expérience.

Comme le disait les Shadocks : «s’il n’y a pas de solution c’est qu’il n’y a pas de problème» :
Je ne peux pas trouver de solution tant que je n’ai pas transformé en une représentation objectivée un vécu d’expérience. Ce que les managers appellent un problème c’est justement la catastrophe dans laquelle ils sont par manque de capacité à problémer.
Que ce soit dans les démarches d’analyse de pratiques en individuel (commercialement nommé coaching) ou dans des démarches d’analyse de pratiques en collectif (co-professionnalisation ou co-développement), si l’accompagnant se focalise sur la solution du problème proposé par le participant, il passe complètement à coté de la mission de cet accompagnement qui est de développer chez le manager une capacité à considérer son vécu d’expérience comme un objet. Une capacité à être attentif consciemment à ce qui advient dans sa vie. En focalisant les participants sur l’aspect «solution du problème» il ne les rend pas attentifs à ce qui est la véritable finalité de ce travail : développer sa capacité à etre consciement attentif.

 

 

Fondateur de Metavision, superviseur de manager, de consultant et de formateur.
Denis Bismuth accompagne principalement le management intermédiaire dans sa professionnalisation à l’aide d’une méthodologie : les groupes de coprofessionnalisation©
Le management intermédiaire est le point d’articulation de tous les paradoxes de l’entreprendre. Le paradoxe est le lieu du vrai. Le manager intermédiaire est à la fois le plus sollicité et le plus en danger, dans la dynamique de l’entreprendre. Travailler à la prévention de la santé professionnelle du management intermédiaire est un moyen de travailler à la durabilité de l’entreprise.

 

 

Ecrit par Denis Bismuth le 29/03/2016
Mots-clefs : Denis Bismuth, management, bienveillance
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