Ressources humaines

#LaFranceQuiVient : Quel projet de société demain?

Il n’a jamais été autant question d’inventer le monde dont nous rêvons.



 

 


La Fondation ManpowerGroup et HEC Paris ont organisé le 8 octobre dernier l’événement «La France Qui Vient» autour de six grands thèmes : éduquer, entreprendre, créer, connecter, innover et vivre ensemble. De nombreuses personnalités sont venues partager leur point de vue. Mutation, innovation, expérimentation, action, partage, solidarité et plaisir sont les mots-clés de la journée.

 

 


Connaît-on la France qui vient ? Pas vraiment. Nous vivons une ère dans laquelle tout est remis en perspective. Nos façons d’apprendre, de travailler, d’innover, de consommer, de participer à la vie collective, de mieux vivre ensemble. De nombreuses initiatives fleurissent par-ci par–là avec, en toile de fond, des économies plus collaboratives et de partage et la libération des individus afin d’œuvrer pour le bien commun et organiser notre société différemment. «Tout repart en France par le bas. C'est frappant», insiste Alexandre Jardin, écrivain et fondateur du Mouvement citoyen Bleu Blanc Zèbre lors de l’événement La France Qui Vient, organisé par la Fondation ManpowerGroup et HEC Paris, le 8 octobre dernier à La Cité internationale universitaire de Paris.
Une conscience citoyenne est en train d’émerger pour participer à l’orientation des grands choix économiques, sociétaux et environnementaux. Le gens du terrain, les « Faizeux», comme les appelle le mouvement Bleu Blanc Zèbre, ont des pistes à montrer, des idées à proposer en tant que praticiens. Aujourd’hui, difficile d’exister si on n’est pas connecté aux différentes communautés, du terrain mais également virtuelles ! Laure Belot, journaliste et auteure, avait déjà tiré la sonnette d’alarme dans son enquête «La Déconnexion des élites», qui a reçu d’ailleurs lors de l’événement le nouveau prix littéraire de la Fondation ManpowerGroup et du mouvement Bleu Blanc Zèbre : le monde a changé et des secteurs entiers sont bousculés par l’arrivée des nouvelles technologies. Les citoyens s’informent, s’expriment, et prennent le pouvoir en court-circuitant les modèles traditionnels. On est entré dans «L’Âge du Faire», comme l’exprime Michel Lallement, professeur du Conservatoire national des arts et métiers (CNAM), titulaire de la chaire d’Analyse sociologique du travail, de l’emploi et des organisations et membre du Laboratoire interdisciplinaire pour la sociologie économique (CNRS). Son ouvrage a reçu le prix mention spéciale des élèves d’HEC Paris et de la Fondation ManpowerGroup. Les hackers ont une éthique et tous les nouveaux lieux de conception et de production font du travail une fin en soi, juste pour l’envie. Ils inventent un nouveau modèle d’activité.

 


Apprendre différemment, avec plaisir et dans l’action !

 


L’ère du numérique a donc induit de nouveaux rapports au travail et façons d’échanger et de collaborer entre les individus. S’ensuivent de nouvelles tendances en matière d’éducation, d’entrepreneuriat, de connexion, d’innovation et du mieux vivre ensemble. Il est à l’heure actuelle très difficile de prédire l’avenir en s'appuyant sur des repères d’analyse stables et fiables, édifices prédictifs d’une nouvelle société. Dans un monde en perpétuel renouvellement, la profusion d’idées émergentes – et surprenantes pour remettre en question pas mal d’anciens fonctionnements organisationnels établis – participe à un renouveau de l’approche du monde du travail et de la façon de s’adapter dans un environnement mouvant et difficilement maîtrisable. Récemment, le Web s’est enflammé entre les tenants et les pourfendeurs de l’entreprise libérée. La question reste en suspens : comment pouvons-nous créer de nouveaux modèles qui s’affranchissent de l’autorité hiérarchique, permettant de libérer les individus, tout en conservant une structure organisationnelle qui permette d’organiser une chaîne de valeur vers une performance sociale mais également humaine, qui tienne compte, d’une part de l’épanouissement des individus, et, d’autre part, du respect de notre environnement ? Un monde nouveau est à construire et tout est encore possible.

«Nous avons deux convictions, celle de la confiance et celle de l’optimisme, commence Alain Roumilhac, président de ManpowerGroup France, La France qui vient doit avoir confiance sinon elle sera incapable de réussir. Nous arrivons à la fin d’un cycle et nous devons nous réinventer.» Différentes tables rondes et interventions ont balayé les actions les plus engagées et révolutionnaires. Il en va aujourd’hui de la responsabilité des élites de remettre en question leurs modèles en matière d’éducation, d’entrepreneuriat, d’innovation ou encore du vivre ensemble.
L’École 42 serait-elle aujourd’hui l’archétype de la modernité ? Ni professeurs ni cours. L’apprentissage y est libre, passionné. Les étudiants travaillent ensemble sur des projets, résolvent des problèmes en équipe. On y apprend par l’expérimentation et l’expérience. Pour Nicolas Sadirac, co-fondateur et président de l’École 42, la connaissance est partout sur le Web et ce sont les capacités d’agilité, en matière de collecte et d’exploitation des informations, et d’adaptation, pour travailler en équipe, qui seront recherchées chez les candidats par les entreprises. L’école connaît un véritable succès auprès des jeunes talents : 80 000 candidatures par an pour près de 1 000 places. En parallèle de leur scolarité, 45% des étudiants ont déjà signé un CDI. Nicolas Sadirac témoigne : «Le secteur est sous tension et la question n’est pas de savoir s’ils auront un emploi à la sortie mais plutôt de connaître le nombre d’entre eux qui créeront leur propre activitéPour Bernard Belletante, directeur général de l'EM Lyon, «la fragmentation des tâches exige de chacun de devenir un intrapreneur.» Il affirme : «Nous allons remplacer la chaîne de valeur éducative par celle sur les compétences d’action. Les machines apprenantes utilisent de plus en plus d’algorithmes et notre tâche est de donner du sens à l’apprenant. Les modalités de la formation changent complètement. Quelque soit le programme suivi, le candidat doit posséder son propre projet et se servir des machines pour aller plus vite.» La valeur d’un individu dépend aujourd’hui de l’expérience qu’il a emmagasinée. Le monde de possession bascule vers un monde d’expérimentation. Existe dès lors une opportunité de se recentrer sur le plaisir d’apprendre, comme le souligne David Abiker, journaliste chroniqueur. Il développe : «L’Éducation a d'autres finalités que celle de fournir des effectifs aux startups. Les chemins d’apprentissage peuvent être joyeux et la question du plaisir est importante. J’ai une inquiétude concernant l’utilisation des machines. Les Smartphones représentent un danger car ils monopolisent l’attention au détriment d’activités épanouissantes, comme la lecture ou la guitare, et conduisent souvent à l’ennui. C’est un journaliste Geek qui vous parle.» Nicolas Sadirac renchérit : «On cherche des gens qui s’éclatent et notre rôle est de les amener dans leur zone de plaisir. Les métiers doivent être plus humanisants et moins répétitifs.»

 


Un changement d’ère, une nouvelle façon d’appréhender le monde, d’entreprendre et d’innover

 


De toute façon les parcours de carrière longs au sein d’une même entreprise ne sont plus possibles. Entreprises et salariés doivent comprendre très vite les signaux faibles et se mettre en mouvement. Selon Alain Roumilhac la gestion du changement est même plus importante que l’innovation : «Si vous n’anticipez pas, vous êtes mort !». Gérald Karsenti, président directeur général d’Hewlett Packard France, développe : «Nous sommes dans une mutation sociétale majeure. On a l’impression de vivre des crises qui se répètent mais il s’agit en fait d’une mutation qui met mal à l’aise. On est dans une phase où le moteur de la croissance mondiale est la créativité. Par construction, tout le monde peut contribuer à cette dynamique économique. C’est pourquoi les startups jouent un rôle colossal car elles sont en train de «disrupter», non pas les entreprises, mais la façon dont on regarde, pense, consomme et imagine le monde demain. (…) L’enseignement est en train d’être «disrupté» également. La formation continue va être une sauvegarde pour se réinventer de façon permanente.» Les entreprises figées doivent donc se réinventer et se transforment de façon extrêmement importante face à ces nouveaux entrants que sont les startups ou les géants du Web. «Personne ne sait aujourd’hui qui va gagner la bataille de la voiture autonome, de demain. La capacité d’investissement des acteurs du Net, qui savent capter des fonds, n’a rien à voir avec celle de l’industrie automobile. Pour se transformer, il faut transformer ses compétences et sa façon d’aborder les ressources humaines.», prévient le président de ManpowerGroup. Les modèles doivent avoir une adaptabilité beaucoup plus forte car les problèmes sont complexes et les solutions souvent multiples. «Chacun doit apporter sa brique pour construire le monde de demain ( …) Je ne connais pas un grand patron qui n’ait pas peur d’être «ubérisé», affirme Gérald Karsenti, Beaucoup d’entreprises lancent leurs propres startups pour être capables de réagir et d’être véloces.» Le digital chief officer investit l’entreprise afin d’aider à réinventer les modèles. Il faut anticiper pour transférer les compétences des anciens métiers sur les métiers émergents.
La France des défricheurs se trouve du côté de ceux qui osent. Pour Axelle Tessandier, Lead Outreach France pour Kickstarter (communauté de 8,5 millions de personnes dans le monde), plateforme de Crowdfunding pour les projets innovants, les individus reprennent le pouvoir car le monde est ouvert et libère la créativité. «L’écosystème a beaucoup changé depuis 2 ou 3 ans. Une fois que vous êtes contre le mur, qu’il n’y a plus de job, certains réagissent. Il y a une émulation très forte chez les startuppers, assure-t-elle, Le leadership du XXIème siècle sera davantage un leadership créatif

 


De nouveaux métiers émergent

 


Alors pour innover dans la durée, les entreprises doivent embarquer tout le monde et faire évoluer leur écosystème. Il faut garder son enthousiasme, avance Dominique Turcq, fondateur de l’institut de recherche Boostzone, Des métiers vont certes disparaître, mais d’autres vont naître. Il va falloir par exemple des ingénieurs spécialisés en impression 3D. L’infirmière de demain sera certainement en capacité de faire des analyses complètes du patient.» Pour Geneviève Férone qui codirige le Master Écologie industrielle, le métier d’ingénieur se réinvente aussi car il doit tenir compte de l’impact environnemental de ses produits. Un autre métier apparaît, celui de connecteur. Pierre Gohar, directeur de l'Innovation et des Relations avec les Entreprises à l'Université Paris Saclay insiste : «Cette fonction de connexion est primordiale aujourd’hui car l’innovation émerge d’un système complexe

Dotés de moins de moyens financiers, les pays émergents dont l’Afrique poussent également l’Occident à davantage de créativité. David Menascé, consultant spécialisé sur les stratégies d'accessibilité (BoP) et plus largement sur les questions de responsabilité sociale de l'entreprise, prend pour exemple le Kenya qui a réinventé son système bancaire par transfert d'argent grâce aux commandes mobiles passées à des personnes intermédiaires, la majorité de la population n’ayant pas de compte là-bas pour effectuer les virements. L’innovation frugale, ainsi appelée, peut donner des idées nouvelles. «À Nairobi, j’appuie sur un bouton pour avoir de l’argent alors qu’en France je dois chercher un distributeur de billets», souligne l’expert. La remise en question ne fait que commencer.

 


Christel Lambolez

 

 

 

 

 

 

Ecrit par Christel Lambolez le 16/10/2015
Mots-clefs : Mutation, innovation, expérimentation, action, partage, solidarité, entreprise de demain, métiers de demain, Groupe Manpower, HEC Paris
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